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Fiche à trous · Seconde · Français

La littérature d'idées du XVI^e au XVIII^e siècle

Complétez de mémoire, puis vérifiez avec la page de corrigé.

Trois siècles pendant lesquels la littérature ne raconte pas : elle argumente. Elle le fait rarement de front, parce qu'en France on n'a pas le droit de tout écrire — la censure et la Bastille sont des réalités. D'où l'invention de formes obliques : un conte qui semble amuser, un Persan qui semble s'étonner, une maxime qui semble constater. Lire cette littérature, c'est apprendre à reconnaître une thèse qui ne se déclare pas.

Trois siècles, trois combats

Définitionl'humanisme :

Au XVIIe siècle, les moralistes délaissent le système pour le trait bref. La Rochefoucauld (Maximes, 1665) ramène toutes les vertus à l'amour-propre : « Nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices déguisés. » La Bruyère (Les Caractères, 1688) préfère le portrait : il montre un homme dans ses gestes et laisse le lecteur conclure. Deux méthodes, une même conviction — l'homme ne sait pas ce qui le fait agir.

Définitionles Lumières :

Cinq formes pour une même tâche

cinq formes, et pour chacune une façon différente de faire penser le lecteurl’essaiMontaignepenser devant le lecteurla maximeLa Rochefoucauldfrapper en une phrasele portraitLa Bruyèremontrer plutôt que jugerle conte philosophiqueVoltaire, Candidedémontrer par le récit, et par le rirela lettre fictiveMontesquieu, Lettres persanesrendre étrange ce qui est familier
3.

Ces formes ne sont pas des habillages interchangeables. L'essai montre une pensée en train de se chercher, avec ses hésitations : c'est ce qui le rend convaincant. La maxime fait l'inverse — elle supprime tout raisonnement et ne laisse qu'une conclusion, si serrée qu'on ne peut ni l'oublier ni la discuter facilement. Le conte philosophique enveloppe la démonstration dans un récit, ce qui lui permet de passer la censure et d'atteindre un lecteur qui n'aurait pas ouvert un traité.

Repérer une thèse

Règle

Définitionl'ironie :

Définitionsatire :

ce que le texte ditce que le lecteur doit comprendre« Il est démontré que les choses ne peuvent être autrement » — Pangloss, devant un désastre.l’ironie n’existe que si le lecteur possède une information que le texte ne donne pas.
7.

Exemple

Analyser ce passage de Candide (1759), chapitre 19 : le narrateur décrit un esclave à qui l'on a coupé la main et la jambe. L'homme explique : « C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. »

  1. 8.
  2. 9.
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  4. 11.

Résultat :

Piège

Écrire « Voltaire est ironique » sans montrer sur quoi repose l'ironie.

écrire les deux membres : « le texte affirme que… alors que le lecteur sait que… ». Si l'on ne peut pas remplir les deux, c'est qu'il n'y a pas d'ironie.

Reconstituer une stratégie argumentative

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  4. 16.

Le regard décalé

Règle

Ce procédé a une conséquence politique directe : il déplace la charge de la preuve. Ce n'est plus à celui qui conteste une coutume de la justifier, c'est à la coutume de se justifier elle-même. Montaigne l'écrit d'une phrase qui contient tout l'objet d'étude : « chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ».

Piège

Confondre la thèse d'un texte avec l'opinion de son auteur.

chercher qui parle, et si le texte lui donne raison. Un porte-parole se reconnaît à ce que rien, dans le récit, ne vient le démentir.

Ces trois siècles n'ont pas seulement produit des idées : ils ont produit des manières de les défendre qui servent encore. Le regard décalé est la matrice de toute enquête ethnographique ; l'ironie voltairienne, celle de la satire de presse ; l'essai de Montaigne, celle de la chronique personnelle. Lire ces textes, c'est apprendre des formes d'argumentation qui n'ont pas vieilli — et reconnaître, dans un débat contemporain, celles qu'on emploie sans les nommer.

  • Ai-je identifié la thèse, et dit si elle est explicite ou implicite ?
  • Ai-je repéré le destinataire visé — qui le texte veut-il convaincre ?
  • Pour toute ironie : ai-je écrit ce que le texte dit et ce que le lecteur sait ?
  • Ai-je nommé la forme — essai, maxime, portrait, conte, lettre — et ce qu'elle permet ?
  • Ai-je daté l'œuvre et nommé le mouvement ?
  • Mon devoir montre-t-il comment le texte convainc, et non seulement de quoi il parle ?

Corrigé · à détacher

La littérature d'idées du XVI^e au XVIII^e siècle

  1. 1. Mouvement du XVIe siècle qui replace l'homme au centre et fait confiance à sa capacité d'apprendre. Rabelais (Gargantua, 1534) oppose à l'école scolastique une éducation complète du corps et de l'esprit, et invente l'abbaye de Thélème dont la seule règle est « Fais ce que voudras » — pari sur des hommes bien élevés. Montaigne (Les Essais, 1580-1595) fait autre chose : il s'observe lui-même, doute de tout — « Que sais-je ? » — et dans « Des cannibales » retourne le regard européen sur le sauvage : « chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ».
  2. 2. Mouvement du XVIIIe siècle qui fait de la raison l'instrument du progrès et attaque tout ce qui s'y oppose : l'intolérance religieuse, l'arbitraire du pouvoir, l'esclavage, la superstition. Voltaire combat par le rire et par le pamphlet (Candide, 1759 ; Traité sur la tolérance, 1763). Montesquieu fonde la séparation des pouvoirs (De l'esprit des lois, 1748). Rousseau cherche l'origine de l'inégalité et refonde le pouvoir sur un contrat (Du contrat social, 1762). Diderot et d'Alembert rassemblent le savoir dans l'Encyclopédie (1751-1772) — dix-sept volumes, et une entreprise politique autant que scientifique.
  3. 3. À chaque forme sa façon de faire penser le lecteur.
  4. 4. Une thèse est explicite quand le texte l'énonce — « il faut tolérer » —, implicite quand il la laisse conclure. Dans le second cas, quatre indices la trahissent : le choix des exemples, toujours orientés ; les mots évaluatifs (mélioratifs ou péjoratifs) ; le portrait du contradicteur, souvent ridicule ; et la place de l'argument le plus fort, presque toujours en dernier. Une thèse implicite n'est pas une thèse cachée : elle est une thèse que le lecteur doit formuler lui-même, et qu'il retiendra mieux pour cette raison.
  5. 5. L'ironie consiste à faire entendre le contraire de ce qu'on dit. Elle exige donc une complicité : le lecteur doit posséder une information que le texte ne fournit pas — un fait, une évidence, un désaccord partagé. Sans cette complicité, l'ironie échoue, et le texte se lit au premier degré. C'est pourquoi elle est l'arme des Lumières : elle ne convainc pas un adversaire, elle rassemble ceux qui savent déjà.
  6. 6. La satire attaque un travers, une institution ou une personne en les rendant ridicules. Elle emploie la caricature — un trait grossi jusqu'à l'absurde —, l'ironie, et souvent l'animalisation ou le renversement des rôles. Elle se distingue du pamphlet, qui attaque de front et sans rire, et du simple comique, qui ne vise personne. Sa force est aussi sa limite : on ne discute pas avec le ridicule, on s'y soustrait — la satire convainc les convaincus et durcit les autres.
  7. 7. L'ironie ne dit pas le faux : elle laisse le lecteur rétablir le vrai.
  8. 8. Le relevé : une phrase brève, au présent, adressée à vous — le lecteur européen — et non à Candide seul.
  9. 9. Le procédé : le raisonnement est présenté comme une transaction, un prix payé. Le mot prix rapproche brutalement une mutilation et une denrée agréable.
  10. 10. L'ironie : le texte ne dénonce rien explicitement. Il énonce un fait, sur un ton de constat, et laisse au lecteur le soin de reconnaître l'horreur — que rendra d'autant plus vive la douceur du mot sucre.
  11. 11. Le sens : la phrase transforme le lecteur en complice. Ce n'est plus le colon qui est accusé, c'est celui qui mange le sucre — c'est-à-dire tout le monde, y compris celui qui tient le livre.
  12. 12. une phrase de dix mots, et le lecteur ne peut plus se croire extérieur au sujet
  13. 13. Identifier la thèse combattue avant la thèse défendue. Un texte argumentatif répond presque toujours à quelqu'un, même quand il ne le nomme pas.
  14. 14. Suivre l'ordre des arguments : le plus fort est placé en dernier dans une démonstration, en premier dans un plaidoyer qui craint qu'on ne le lise pas jusqu'au bout.
  15. 15. Repérer la concession — « certes… mais » — et ce qu'elle accorde. Un auteur qui ne concède rien se prive du lecteur qui n'est pas déjà d'accord.
  16. 16. Nommer le registre employé : didactique, satirique, polémique. Le choix dit à qui le texte s'adresse — à celui qu'on instruit, à celui qu'on rallie, ou à celui qu'on combat.
  17. 17. Un procédé revient chez tous ces auteurs : faire décrire une société par quelqu'un qui n'en est pas. Le Persan de Montesquieu s'étonne des juges français, le Huron de Voltaire des sacrements, le cannibale de Montaigne de la misère qu'il voit à Rouen. L'effet est constant : ce qui allait de soi devient absurde dès qu'un regard neuf le décrit sans le vocabulaire qui le justifie. C'est ce qu'on appelle le regard décalé — et c'est une machine à mettre en cause l'évidence.