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Fiche à trous · Seconde · Français

Le roman et le récit du Moyen Âge au XXI^e siècle

Complétez de mémoire, puis vérifiez avec la page de corrigé.

Neuf siècles séparent le premier roman français du dernier paru, et pourtant la forme a peu changé : quelqu'un raconte, quelqu'un agit. Ce qui a changé, c'est qui peut être un héros. Un chevalier chez Chrétien de Troyes, une princesse chez M^{me} de Lafayette, un mineur chez Zola, un homme sans qualités chez Camus. Suivre cette pente, c'est comprendre l'objet d'étude — et c'est ce qu'aucune liste de dates ne donne.

Neuf siècles, cinq étapes

le roman change de héros bien plus que de formeXIIᵉ s.chevalerieChrétien de Troyesle héros exemplaire1678analyseMᵉ de Lafayettele héros intérieurXIXᵉ s.réalismeBalzac, Zolale héros socialXXᵉ s.ruptureCamus, Nouveau Romanle héros sans qualitésXXIᵉ s.récits du réelErnaux, Carrèrele héros réelde l’exemplaire à l’ordinaire : c’est cette pente qu’il faut savoir raconter.
1.

Le mot roman désigne d'abord une langue, non un genre : au XIIe siècle, écrire en roman, c'est écrire en langue vulgaire plutôt qu'en latin. Le genre héritera de ce nom, et de cette liberté — le roman est, dès l'origine, la forme qui n'obéit à aucune règle fixe. C'est ce qui lui permettra d'absorber la lettre, le journal intime, l'enquête et le document.

Définitionréalisme et naturalisme :

Le XXe siècle rompt sur deux fronts. Camus, avec L'Étranger (1942), donne un narrateur qui ne commente rien, dans une langue plate qui refuse l'émotion. Le Nouveau Roman (Robbe-Grillet, Sarraute, années 1950) va plus loin : il conteste le personnage lui-même, son nom, sa psychologie, son histoire. Le XXIe siècle, lui, revient au réel par un autre chemin — le récit de soi et l'enquête documentaire.

Définitionroman moderne :

Qui raconte, et que sait-il

Définitionnarrateur et point de vue :

le point de vue décide de ce que le lecteur a le droit de savoiromniscientle narrateur sait toutpensées de tous, passé,avenir, plusieurs lieuxBalzac, Zolainterneil ne sait que d’unle lecteur ignore ce quele personnage ignoreCamus, L’Étrangerexterneil ne voit que le dehorsgestes et paroles, jamaisl’intérieurle récit behavioristeun même roman peut en changer d’un chapitre à l’autre : le repérer, c’est repérer une intention.
5.

Piège

Écrire « l'auteur pense que la société est injuste » à propos d'un roman.

écrire le narrateur, le récit, le texte. Le nom de l'auteur ne s'emploie que pour des faits établis — une date, un choix de composition, une déclaration hors du roman.

Trois formes reviennent à l'examen et méritent d'être nommées. Le récit-cadre enchâsse une histoire dans une autre, un personnage se mettant à raconter. Le roman épistolaireLes Liaisons dangereuses, 1782 — n'a pas de narrateur du tout : seulement des lettres, donc autant de points de vue que d'épistoliers, et aucune vérité surplombante. Le roman polyphonique fait alterner plusieurs consciences sans que l'une domine.

Le personnage

Règle

Exemple

Pourquoi la première phrase de L'Étranger — « Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » — est-elle un portrait ?

  1. 7.
  2. 8.
  3. 9.
  4. 10.

Résultat :

Analyser un incipit

  1. 12.
  2. 13.
  3. 14.
  4. 15.

Piège

Commencer un commentaire de roman par le résumé de l'intrigue.

situer l'extrait en deux phrases — ce qui précède, ce qui suit —, puis entrer immédiatement dans le texte.

Lire une œuvre intégrale

Définitionlecture cursive et lecture linéaire :

Tenir un carnet de lecture qui serve vraiment

  1. 17.
  2. 18.
  3. 19.
  4. 20.

L'intertextualité — les échos d'une œuvre à l'autre — n'est pas une érudition de spécialiste : c'est un fait de lecture ordinaire. Un roman qui met en scène un jeune provincial montant à Paris se souvient de Balzac, qu'il le veuille ou non. Repérer l'écho vaut mieux que l'ignorer ; encore faut-il dire ce qu'il apporte, et non se contenter de le signaler.

  • Ai-je distingué l'auteur du narrateur dans chacune de mes phrases ?
  • Ai-je nommé le point de vue, et dit ce qu'il autorise ou interdit au lecteur ?
  • Mes analyses citent-elles le texte, ou racontent-elles l'histoire ?
  • Puis-je situer l'extrait dans l'œuvre entière — avant quoi, après quoi ?
  • Ai-je une date et un mouvement pour chaque œuvre que je cite ?
  • Mon devoir dit-il ce que le roman fait, et non seulement ce qu'il raconte ?

Corrigé · à détacher

Le roman et le récit du Moyen Âge au XXI^e siècle

  1. 1. Cinq moments, et un héros qui descend de son cheval.
  2. 2. Le réalisme (Balzac, Flaubert, milieu du XIXe siècle) veut donner du monde social une image exacte : milieux, métiers, argent, ascension et chute. Le naturalisme de Zola y ajoute une ambition scientifique — le romancier observe comme un savant, et fait de l'hérédité et du milieu les causes des destins. Germinal (1885) applique le programme à une communauté minière entière.
  3. 3. On appelle roman moderne l'ensemble des romans qui, au XXe siècle, cessent de tenir pour acquis ce que le XIXe siècle avait fixé : un narrateur qui sait, une intrigue qui progresse, un personnage cohérent muni d'un nom, d'un passé et d'un caractère. Proust y substitue la mémoire, Céline la langue parlée, Camus l'absence de commentaire, le Nouveau Roman la description pure. Le point commun n'est pas une technique : c'est un doute sur la possibilité de raconter.
  4. 4. Le narrateur est celui qui raconte : à ne jamais confondre avec l'auteur, qui écrit. Il peut être externe à l'histoire — il dit il — ou interne, personnage parmi les autres — il dit je. Le point de vue (ou focalisation) est une autre question : quelle quantité d'information le récit s'autorise-t-il ? Un narrateur qui dit il peut tout savoir, ou ne savoir que ce qu'un seul personnage perçoit.
  5. 5. Trois régimes de savoir, trois effets sur le lecteur.
  6. 6. Un personnage n'est pas une personne : c'est un effet de texte, construit par un nom, un portrait, des paroles, des actes, et le regard des autres personnages. L'analyser, c'est démonter cette construction — repérer ce que le texte montre, ce qu'il tait, et à quel moment il choisit de le révéler. Un personnage dont on apprend tout dès la première page n'a plus rien à devenir.
  7. 7. Le relevé : deux phrases brèves, au passé composé et non au passé simple ; un mot d'enfant, maman ; une incertitude posée aussitôt, je ne sais pas.
  8. 8. Les procédés : la parataxe — des phrases juxtaposées, sans lien logique — et le refus de tout commentaire. Le narrateur ne dit ni sa peine ni son absence de peine.
  9. 9. L'effet : le lecteur reçoit un fait sans le sentiment qui devrait l'accompagner. Ce vide n'est pas une froideur affirmée par le texte : c'est un vide que le lecteur ressent, et qu'il devra interpréter tout au long du roman.
  10. 10. Le mot maman, seul mot affectif de l'ouverture, empêche la lecture simple : ce narrateur n'est pas indifférent, il est inapte au discours que la société attend de lui.
  11. 11. en deux phrases, un personnage entier — sans qu'aucun adjectif ne le décrive
  12. 12. Repérer ce qui est donné : le lieu, l'époque, les noms, le milieu social. Ce que l'incipit donne d'emblée dit ce que le roman tiendra pour important.
  13. 13. Repérer ce qui est refusé : un incipit qui ne nomme personne, ne date rien, ne situe rien, refuse quelque chose — et ce refus est le premier fait à interpréter.
  14. 14. Identifier le narrateur et le point de vue dès la première phrase : ils ne changeront presque jamais ensuite.
  15. 15. Nommer le contrat de lecture : que promet cette ouverture — une enquête, une mémoire, une chute, une éducation ? Un incipit engage le lecteur, et le roman tiendra ou trahira cette promesse.
  16. 16. La lecture cursive est la lecture suivie d'une œuvre entière : on cherche la construction d'ensemble, l'évolution des personnages, les retours de motifs. La lecture linéaire porte sur un extrait et l'examine ligne à ligne. Les deux se nourrissent : un extrait ne s'interprète bien que si l'on sait d'où il vient dans le livre.
  17. 17. Noter les seuils : première page, dernière page, et le moment exact où l'intrigue bascule. Ce sont les trois passages qu'un sujet demandera presque toujours.
  18. 18. Relever cinq citations, pas cinquante — une par grand thème, avec le numéro de page. Un carnet trop plein ne se relit pas.
  19. 19. Écrire deux lignes après chaque partie : ce que le personnage a compris, et ce qu'il ignore encore.
  20. 20. Noter une question sans réponse par œuvre. C'est souvent d'elle que sortira la meilleure problématique.