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Fiche à trous · Seconde · Français

Grammaire et stylistique : analyser la langue au service du sens

Complétez de mémoire, puis vérifiez avec la page de corrigé.

La grammaire cesse, cette année, d'être une discipline séparée. On ne demande plus « quelle est la nature de ce mot ? » mais « qu'est-ce que ce choix produit ? ». Un conditionnel dans un article de presse, un pluriel dans un récit de bataille, une virgule qui isole un adjectif : ce sont des faits de langue, et ce sont des faits de sens. Les analyser est exactement ce que l'explication linéaire demande.

Qui parle, d'où, à quel moment

Définitionénonciation, deixis et embrayeurs :

ancrée dans la situation« Je pars demain, et je t’écrirai d’ici. »présent, passé composé, futurje · tu · ici · demain · ce livreon a besoin de savoir qui parle, où et quandcoupée de la situation« Il partit le lendemain et lui écrivit. »passé simple, imparfaitil · là · le lendemain · ce jour-làle texte se comprend seul, sans contextedeux systèmes, deux séries de mots — et un basculement toujours signifiant
2.

Règle

Définitionmodalisation :

Piège

Lire un conditionnel de presse comme un fait établi.

devant tout conditionnel hors hypothèse, se demander qui garantit l'information. Souvent : personne.

Les figures qu'il faut savoir nommer

Règle

Exemple

Pourquoi le zeugme de Hugo — « vêtu de probité candide et de lin blanc » — produit-il un effet, alors qu'il ne comporte aucune image ?

  1. 6.
  2. 7.
  3. 8.
  4. 9.

Résultat :

Les registres

Définitionregistre :

un registre se reconnaît à des marques, et se définit par ce qu’il produit sur le lecteurlyriqueje, exclamations, cœurfaire partagerépiquepluriel, hyperbolegrandirtragiquedestin, fatalitéfaire craindrecomiquedécalage, répétitionfaire riresatiriqueironie, caricaturefaire rire contrepolémiqueattaque, apostrophefaire combattredidactiquedéfinitions, exemplesfaire comprendrefantastiquedoute, « il sembla »faire hésiterun même texte peut en mêler deux : le satirique est du comique tourné en arme,le pathétique du lyrique poussé jusqu’à la pitié.
12.

Piège

Confondre registre tragique et registre pathétique.

chercher la fatalité. Si le malheur pouvait être évité, ce n'est pas du tragique.

Le registre fantastique est le seul qui se définisse par une hésitation : le texte laisse le lecteur incapable de trancher entre une explication rationnelle et une explication surnaturelle. Ses marques sont donc des marques de doute — modalisation partout, il sembla, on eût dit, points de suspension, narrateur à la première personne qui met en cause sa propre perception. Un texte qui tranche cesse d'être fantastique : il devient merveilleux, ou policier.

La question de grammaire du Bac

Règle

Analyser une tournure syntaxique en trois temps

  1. 14.
  2. 15.
  3. 16.

Piège

Répondre « c'est une négation » à une question sur ne… que.

remplacer par seulement. Si la phrase garde son sens, c'est une restriction, non une négation.

De la grammaire au sens

Faire d'un fait de langue une analyse

  1. 17.
  2. 18.
  3. 19.
  4. 20.

Exemple

« Il ouvrit la porte. Personne. La chaise était renversée. »

  1. 21.
  2. 22.
  3. 23.
  4. 24.

Résultat :

Exemple

« Il rentra tard. La maison dormait. Il monte l'escalier, pousse la porte de la chambre — et comprend. »

  1. 26.
  2. 27.
  3. 28.
  4. 29.

Résultat :

  • Ai-je nommé le fait de langue avec le mot exact ?
  • Ai-je dit par rapport à quoi ce choix fait écart ?
  • Ai-je relié l'effet au sens du passage, et non seulement au procédé ?
  • Pour un registre : ai-je donné ses marques et l'effet visé ?
  • Tragique ou pathétique : y a-t-il une fatalité en jeu ?
  • Ai-je repéré la modalisation — ce que l'auteur prend ou ne prend pas à son compte ?

Corrigé · à détacher

Grammaire et stylistique : analyser la langue au service du sens

  1. 1. L'énonciation est l'acte de produire un énoncé : quelqu'un parle, à quelqu'un, quelque part, à un moment. Les embrayeurs — ou déictiques — sont les mots dont le sens dépend entièrement de cette situation : je, tu, ici, maintenant, demain, ce livre-ci. Hors situation, ils ne désignent rien. C'est ce qui distingue un texte qui a besoin d'un contexte d'un texte qui se suffit. On appelle deixis l'ensemble de ce mécanisme — le fait qu'un énoncé désigne en s'appuyant sur sa situation. S'y ajoutent les marques de subjectivité : tout ce par quoi le locuteur se manifeste sans se nommer — adjectifs évaluatifs, verbes de sentiment, exclamations, ponctuation expressive.
  2. 2. Deux systèmes, et deux séries de mots qui ne se mélangent pas.
  3. 3. Deux systèmes d'énonciation se partagent les textes. L'énonciation ancrée — lettre, dialogue, discours, journal — emploie le présent, le passé composé, le futur, et les embrayeurs. L'énonciation coupée — le récit — emploie le passé simple et l'imparfait, et remplace les embrayeurs par leurs équivalents autonomes : ce jour-là pour aujourd'hui, la veille pour hier. Un basculement de l'un à l'autre est toujours un effet : le récit s'approche du lecteur, ou s'en éloigne.
  4. 4. La modalisation est l'ensemble des marques par lesquelles un locuteur indique le degré d'adhésion qu'il accorde à ce qu'il dit. Elle passe par des verbes (sembler, paraître, devoir), des adverbes (peut-être, sans doute, certainement), le conditionnel (le suspect aurait fui), des guillemets de distance, ou des suffixes péjoratifs (un écriv-ain, une réunion-nette). Repérer la modalisation, c'est mesurer ce que l'auteur prend à son compte.
  5. 5. Aux figures du collège s'ajoutent cinq figures exigeantes. La métaphore filée poursuit une même image sur plusieurs phrases ou plusieurs vers. L'allégorie donne un corps et des attributs à une idée abstraite — la Justice aveugle, la Mort en faucheuse. La prosopopée fait parler un mort, un absent ou une chose. Le chiasme croise deux termes en miroir, selon le schéma AB / BA : « Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger. » Le zeugme coordonne deux compléments qui n'appartiennent pas au même ordre : « vêtu de probité candide et de lin blanc ».
  6. 6. Le fait de langue : un seul verbe, vêtu de, régit deux compléments — l'un abstrait, la probité, l'autre concret, le lin.
  7. 7. L'anomalie : on ne se vêt pas d'une qualité morale. La construction traite les deux sur le même plan, ce que la logique refuse.
  8. 8. L'effet : la vertu devient un vêtement, aussi visible et aussi porté que le lin. Booz ne possède pas la probité, il la porte.
  9. 9. Le sens : c'est un portrait moral obtenu sans un seul adjectif de jugement. La syntaxe fait le travail que la description aurait fait plus lourdement.
  10. 10. sept mots, aucune métaphore explicite, et un homme entier
  11. 11. Un registre est l'effet qu'un texte cherche à produire sur celui qui le reçoit, et l'ensemble des marques par lesquelles il l'obtient. Il ne se confond ni avec le genre — un roman peut être comique, un poème polémique — ni avec le niveau de langue, qui décrit la situation de communication et non l'émotion visée.
  12. 12. Huit registres : à gauche les marques, à droite l'effet.
  13. 13. L'oral du baccalauréat de français comporte une question de grammaire portant sur une tournure syntaxique précise du texte. Trois domaines reviennent : la négation (totale ou partielle, portée du ne… que), l'interrogation (totale ou partielle, directe ou indirecte, marques employées) et la subordination (nature de la proposition, mot subordonnant, fonction). L'exercice se prépare dès la seconde, parce qu'il ne s'improvise pas : il demande un métalangage exact et un raisonnement court.
  14. 14. Délimiter exactement ce qu'on analyse : recopier la phrase ou le segment, sans l'abréger et sans le déformer.
  15. 15. Décrire avec le vocabulaire juste : « proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de concession, introduite par bien que, complément de phrase ». Nommer la nature, le mot subordonnant, la fonction.
  16. 16. Manipuler pour prouver : déplacer, supprimer, remplacer, transformer. Une subordonnée circonstancielle se déplace, une complétive non ; c'est la manipulation qui fait la démonstration, pas l'affirmation.
  17. 17. Nommer le fait avec le mot exact : conditionnel, apposition, pluriel, phrase nominale, subordonnée circonstancielle.
  18. 18. Décrire l'écart : par rapport à quoi ce choix se remarque-t-il ? Un présent au milieu d'un récit au passé, un adjectif détaché quand la place ordinaire était devant le nom.
  19. 19. Dire l'effet produit : accélération, mise en relief, doute, solennité, brutalité.
  20. 20. Relier au sens du texte : l'effet doit servir ce que le passage construit, sinon l'analyse reste locale et gratuite.
  21. 21. Le fait : la deuxième phrase est nominale — elle n'a pas de verbe.
  22. 22. L'écart : elle se trouve entre deux phrases verbales complètes. La rupture se remarque d'autant plus.
  23. 23. L'effet : la phrase mime le regard qui balaie la pièce et s'arrête. Le temps du récit s'interrompt une seconde.
  24. 24. Le sens : le narrateur épouse la perception du personnage — nous voyons ce qu'il voit, au moment où il le voit. Le récit s'est rapproché de lui sans changer de personne ni de temps.
  25. 25. une absence de verbe, et le lecteur entre dans la pièce
  26. 26. Le fait : le passage bascule du passé simple et de l'imparfait au présent en milieu de phrase, sans transition.
  27. 27. L'écart : le système d'énonciation change. Le récit était coupé de la situation ; il devient soudain contemporain de la lecture.
  28. 28. L'effet : c'est un présent de narration. La distance disparaît, le lecteur cesse d'apprendre ce qui est arrivé pour assister à ce qui arrive.
  29. 29. Le sens : le basculement isole le moment décisif. Le tiret et le verbe sans complément — et comprend — achèvent l'effet : on suspend la phrase à l'endroit exact où le personnage comprend, sans dire quoi.
  30. 30. un changement de temps, et le lecteur entre dans la chambre en même temps que le personnage