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Fiche à trous · Seconde · Français

La poésie du Moyen Âge au XIX^e siècle

Complétez de mémoire, puis vérifiez avec la page de corrigé.

Sept siècles de poésie française tiennent dans une question qui change de réponse : à quoi sert un poème ? À chanter une dame qu'on n'aura pas, à égaler les Anciens, à instruire en amusant, à dire un moi qui souffre, puis à suggérer ce qu'aucun mot ne nomme. La forme suit la réponse — et c'est en cela qu'analyser un vers, c'est déjà faire de l'histoire littéraire.

Sept siècles, cinq réponses

ce que chaque époque demande au poèmelyrisme courtoisles troubadourschanter la dameXIIᵉ s.la PléiadeDu Bellay, Ronsardégaler les Anciens1549l’apologueLa Fontaineinstruire en amusant1668romantismeLamartine, Hugodire le moi1820symbolismeBaudelaire, Verlainesuggérer, non nommer1857le poème passe de la commande à l’aveu, puis de l’aveu à l’énigme.
1.

La poésie médiévale ne se lit pas : elle se chante. Les troubadours du Sud, en langue d'oc, inventent la fin'amor — un amour codifié pour une dame inaccessible, souvent l'épouse d'un seigneur. Le poète y sert sa dame comme un vassal son suzerain, et le poème est d'abord une performance devant une cour. Villon, au XVe siècle, fait entendre une autre voix : celle d'un homme qui a faim, qui a peur du gibet, et qui écrit une Ballade des pendus depuis sa prison.

Définitionla Pléiade :

Au XVIIe siècle, La Fontaine donne à la poésie une autre tâche : l'apologue, court récit qui délivre une leçon. La fable y unit deux régimes — un récit vif, souvent dialogué, et une morale, placée au début ou à la fin. Sa réussite tient à ce que la leçon ne s'impose jamais toute seule : le récit la contredit parfois, et le lecteur doit choisir.

Le romantisme (Lamartine, Méditations poétiques, 1820 ; Hugo, Les Contemplations, 1856) fait entrer le je au centre. Le poème dit une douleur personnelle — un deuil, un amour perdu — et cherche dans la nature un écho à cette douleur. Le symbolisme (Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857 ; Verlaine ; Rimbaud) renverse encore : il ne s'agit plus de dire le sentiment mais de le suggérer, par des images et des sons qui agissent avant qu'on les comprenne.

Compter les syllabes

Règle

on compte les syllabes prononcées en vers, non celles du dictionnaireJe fais sou-vent ce rê-ve ‖ é-tran-ge et pé-né-trant1 2 3 4 5 67 8 9 10 11 12le e de « rêve » s’élide devant la voyelle de « étrange » : il ne compte pas.la césure ‖ partage l’alexandrin en deux hémistiches de six syllabes.
4.

Définitioncésure, hémistiche, enjambement :

Piège

Compter les syllabes d'un vers comme celles d'une phrase ordinaire.

écrire le vers en séparant les syllabes au crayon, puis vérifier chaque e : suivi d'une voyelle il tombe, suivi d'une consonne il compte, en fin de vers il ne compte jamais.

Rimes et strophes

Règle

Définitionle sonnet :

quatrain4 versA B B Aquatrain4 versA B B Atercet · 3 versC C Dtercet · 3 versE D E
8.

Les images, et le travail des sons

Règle

Définitioncorrespondances et synesthésie :

Définitionspleen et idéal :

Exemple

Analyser les deux premiers vers de la Chanson d'automne de Verlaine : « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne ».

  1. 12.
  2. 13.
  3. 14.
  4. 15.

Résultat :

Analyser un poème en cinq gestes

  1. 17.
  2. 18.
  3. 19.
  4. 20.
  5. 21.
  • Ai-je compté les syllabes en vérifiant chaque e muet et chaque diérèse ?
  • Ai-je nommé le mètre, la disposition des rimes et la forme (sonnet, strophe libre) ?
  • Chaque figure relevée est-elle citée, puis interprétée ?
  • Ai-je écouté les sons — assonances, allitérations, retours de mots ?
  • Ai-je rattaché le poème à un mouvement, en disant ce qu'il en attend ?
  • Mon devoir dit-il ce que le poème fait, et non ce qu'il raconte ?

Corrigé · à détacher

La poésie du Moyen Âge au XIX^e siècle

  1. 1. Ce que chaque époque attend du poème.
  2. 2. Groupe de sept poètes de la Renaissance mené par Ronsard et Du Bellay. Leur manifeste, la Défense et illustration de la langue française (1549), tient en une ambition : écrire en français des œuvres qui égalent le grec et le latin. Ils importent le sonnet d'Italie, enrichissent le vocabulaire, et fixent des thèmes durables — la fuite du temps, l'invitation à jouir de l'instant, la gloire promise par le poème.
  3. 3. Un vers se nomme d'après son nombre de syllabes : octosyllabe (8), décasyllabe (10), alexandrin (12). On compte les syllabes prononcées en vers, ce qui suppose deux conventions. Le e muet compte s'il précède une consonne, ne compte pas devant une voyelle ni en fin de vers. La diérèse sépare en deux syllabes ce que la prose fond en une : vi-o-lon fait trois syllabes chez Verlaine.
  4. 4. Douze syllabes, une césure, un e qui s'efface.
  5. 5. La césure est la coupe qui partage l'alexandrin en deux hémistiches de six syllabes. Quand une phrase déborde la fin du vers, il y a enjambement ; le fragment reporté au vers suivant s'appelle un rejet s'il est bref, un contre-rejet quand la phrase commence à la fin du vers précédent. Ces débordements ne sont jamais neutres : ils mettent en relief le mot qu'ils déplacent.
  6. 6. Les rimes se disposent de trois façons : plates ou suivies (AABB), croisées (ABAB), embrassées (ABBA). Elles ont aussi une richesse : rime pauvre si un seul son est commun, suffisante si deux le sont, riche à partir de trois. Enfin elles alternent traditionnellement entre rimes féminines — terminées par un e muet — et masculines, qui ne le sont pas.
  7. 7. Forme fixe importée d'Italie par la Pléiade : quatorze vers en deux quatrains puis deux tercets. Les quatrains posent une situation, les tercets la retournent ou la commentent ; le dernier vers, souvent le plus dense, s'appelle la chute. La disposition classique des rimes est ABBA / ABBA / CCD / EDE.
  8. 8. Quatorze vers, deux temps, une chute.
  9. 9. La poésie ne décrit pas : elle rapproche. La comparaison rapproche deux termes avec un outil (comme, tel), la métaphore sans outil, la métaphore filée se poursuit sur plusieurs vers, l'allégorie donne un corps à une idée abstraite — la Mort en faucheuse, le Temps en vieillard. La personnification prête à une chose un comportement humain, l'oxymore unit deux mots contraires (obscure clarté), l'antithèse les oppose sans les unir.
  10. 10. Baudelaire donne à la poésie sa doctrine dans le sonnet Correspondances : le monde est « une forêt de symboles » où les sens se répondent. La synesthésie est la figure qui réalise ce programme — elle mêle deux domaines sensoriels : « des parfums frais comme des chairs d'enfants, / Doux comme les hautbois, verts comme les prairies ». Un parfum n'est ni doux au toucher ni vert : c'est l'écart qui produit la sensation.
  11. 11. Les deux pôles entre lesquels Les Fleurs du Mal se tendent. Le spleen — mot anglais que Baudelaire acclimate — est un ennui sans objet, une angoisse qui n'a pas de cause et dont rien ne délivre ; il s'accompagne d'images de pesanteur, de pluie, de couvercle, de cloches. L'idéal est l'élan inverse : la beauté, le voyage, l'art, tout ce qui arrache à la matière. Le recueil ne choisit pas : il montre un homme partagé, et c'est cette tension, non le désespoir, qui en fait le sujet.
  12. 12. Le mètre : trois vers très courts — quatre, quatre et quatre syllabes, à condition de lire vi-o-lons en diérèse. Le vers se traîne alors au lieu de courir.
  13. 13. Les sons : une assonance en on revient six fois — sanglots longs, violons, automne. La voyelle nasale se prolonge, et la plainte s'entend avant d'être comprise.
  14. 14. L'image : les sanglots des violons superposent un instrument et une voix humaine ; l'automne pleure, ou quelqu'un pleure en automne — le poème refuse de trancher.
  15. 15. Le sens : c'est exactement le programme que Verlaine énoncera dans Art poétique — « De la musique avant toute chose ». Le poème ne dit pas la mélancolie, il la fait entendre.
  16. 16. trois vers, douze syllabes, et une émotion produite sans qu'un seul mot ne la nomme
  17. 17. Mesurer : compter un vers, en déduire le mètre, vérifier sur un second. C'est le seul relevé purement mécanique, et il se fait en deux minutes.
  18. 18. Cartographier la forme : strophes, disposition des rimes, forme fixe éventuelle. La versification est un système, et un écart au système est toujours un signal.
  19. 19. Écouter : lire à voix basse en cherchant les sons qui reviennent — assonances, allitérations, mots répétés.
  20. 20. Repérer les images et voir si l'une se prolonge — une métaphore filée organise souvent le poème entier.
  21. 21. Situer : quel mouvement, et qu'attend-il du poème ? Un même thème — le temps qui passe — ne se traite pas de la même façon chez Ronsard et chez Baudelaire.