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Fiche à trous · 3ème · Français

Lecture : poésie moderne et contemporaine

Complétez de mémoire, puis vérifiez avec la page de corrigé.

En cent cinquante ans, la poésie a perdu la rime, le mètre, puis le vers lui-même — et elle est restée de la poésie. Comprendre ce siècle-là, c’est comprendre ce qui reste quand les règles tombent : les images, les sons, et le regard neuf posé sur les choses. Encore faut-il connaître les règles pour voir où elles cèdent.

Compter les syllabes

Règle

« La Nature est un temple où de vivants piliers »Baudelaire, « Correspondances », 1857LaNatur’estuntempl’oùdevivantspiliers123456789101112en orange, les deux élisions : le e de « nature » et celui de « temple » s’effacent devant la voyelle qui suitsans elles on compterait 14 syllabes — et on manquerait l’alexandrin
2.

Scander un vers en trois gestes

  1. 3.
  2. 4.
  3. 5.

Piège

Lire « violon » en deux syllabes dans un vers de Verlaine.

quand le compte tombe une syllabe trop court, chercher un groupe i + voyellelion, violon, nation, hier — et le dédoubler.

Rimes et strophes

plates — AABBAABBcroisées — ABABABABembrassées — ABBAABBAune rime est pauvre (1 son commun), suffisante (2 sons) ou riche (3 sons et plus)
6.

Définitionsonnet :

Les images poétiques

Définitioncomparaison et métaphore :

Exemple

« La ville était un fauve endormi » et « la ville dormait comme un fauve ».

  1. 9.
  2. 10.

Résultat :

Piège

Écrire « c’est une métaphore » et s’arrêter là.

toujours formuler l’image en trois pièces : ce dont on parle, ce à quoi on le compare, et ce que ce rapprochement fait sentir.

Le travail des sons

Définitionallitération et assonance :

Exemple

« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine, Andromaque, 1667)

  1. 13.
  2. 14.

Résultat :

La rupture moderne

Définitionvers libre :

un siècle de ruptures — chacune conteste la précédente1857188619241942BaudelaireLes Fleurs du Malla beauté du laidsymbolismeVerlaine, Rimbaudsuggérer, non nommersurréalismeBreton, Éluardl’image inattenduel’ordinairePonge, Prévertle poème quitte le sublimece qui reste constant : l’image et le travail des sons. C’est la forme qui change, jamais eux.
17.

Trois autres ruptures marquent le siècle. Le poème en prose, que Baudelaire installe dans Le Spleen de Paris, garde les images et abandonne le vers. Le calligramme d’Apollinaire (1918) dessine avec les mots ce dont il parle. Et le surréalisme, à partir du manifeste d’André Breton en 1924, cherche l’image inattendue par l’écriture automatique, en laissant venir les mots sans les corriger.

La poésie contemporaine déplace enfin le regard vers l’ordinaire : Francis Ponge, dans Le Parti pris des choses (1942), consacre des pages à un cageot, à une huître, à un morceau de pain. Le poème ne parle plus de grands sentiments — il rend visible ce qu’on ne regardait plus.

Définitionle symbolisme :

Le lyrisme — l'expression des sentiments personnels — traverse tous ces mouvements. On le reconnaît à l'énonciation : un je qui s'adresse à quelqu'un ou à quelque chose, un vocabulaire de l'émotion, une ponctuation expressive. Le registre d'un poème se nomme de la même façon qu'ailleurs : lyrique, élégiaque, satirique, épique.

Après le surréalisme, Jacques Prévert (Paroles, 1946) fait entrer dans le poème la langue parlée, les listes, l'humour et la révolte, avec des images insolites héritées de l'association libre. Le poème en prose pousse la rupture plus loin encore : il abandonne toute versification et ne garde que la musicalité de la prose.

Exemple

« Il pleure dans mon cœur / Comme il pleut sur la ville » (Verlaine, Romances sans paroles, 1874) — que faire de ces deux vers ?

  1. 19.
  2. 20.
  3. 21.

Résultat :

Commenter un poème sans rime ni mètre

  1. 23.
  2. 24.
  3. 25.
  4. 26.
  • Ai-je compté les e — élidés devant une voyelle, muets en fin de vers ?
  • Le compte tombe-t-il juste, ou ai-je oublié une diérèse ?
  • Chaque image relevée est-elle nommée, expliquée, puis rattachée au sens du poème ?
  • Ai-je dit ce que la forme choisie — vers libre, prose, sonnet — apporte au propos ?

Corrigé · à détacher

Lecture : poésie moderne et contemporaine

  1. 1. Un vers se nomme d’après son nombre de syllabes : octosyllabe (8), décasyllabe (10), alexandrin (12). Le e final se prononce et compte devant une consonne ; il s’efface devant une voyelle et à la fin du vers.
  2. 2. On ne compte pas les syllabes d’un vers comme celles d’une phrase : l’élision fait tout l’écart.
  3. 3. Découper à voix basse, syllabe par syllabe, sans regarder le sens.
  4. 4. Traiter chaque e final : devant une consonne il compte, devant une voyelle et en fin de vers il s’efface.
  5. 5. Recompter à l’envers. Si les deux comptes diffèrent, c’est presque toujours une diérèse oubliée.
  6. 6. La disposition se lit sur les sons finaux, jamais sur l’orthographe des mots.
  7. 7. Quatorze vers en quatre strophes : deux quatrains puis deux tercets. La forme fixe la plus travaillée du français, et celle que la modernité a le plus attaquée — Rimbaud écrit encore des sonnets, mais pour en faire éclater le sujet, comme dans « Le Dormeur du val ».
  8. 8. La comparaison rapproche deux réalités en gardant l’outil qui les relie : comme, tel, semblable à. La métaphore supprime cet outil et impose le rapprochement d’un coup. La personnification prête à une chose ou à un animal un comportement humain.
  9. 9. La seconde formule compare : l’outil comme laisse la ville et le fauve distincts.
  10. 10. La première fond les deux en une seule chose. Le lecteur ne choisit plus : la ville est un fauve, avec le danger que cela suppose.
  11. 11. la métaphore est plus brutale parce qu’elle ne laisse pas d’issue
  12. 12. Une allitération répète un même son consonne dans un vers ou une phrase ; une assonance répète un même son voyelle. Aucune des deux n’a de sens en elle-même : c’est le rapport entre le son répété et ce dont parle le texte qui produit l’effet.
  13. 13. Le son [s] revient six fois : ces, serpents, sifflent, sur, et jusque dans qui sont.
  14. 14. Ce sifflement imite ce dont parle le vers. La forme se met au service de l’image, elle ne l’orne pas.
  15. 15. une allitération ne se relève que si elle éclaire le sens
  16. 16. Le vers libre abandonne le mètre régulier et souvent la rime : la longueur de chaque vers devient un choix, et le retour à la ligne un geste de sens. Ce n’est pas de la prose découpée — c’est le rythme, et non le compte, qui décide de la coupure.
  17. 17. Cent ans de poésie, en quatre ruptures.
  18. 18. Mouvement de la fin du XIXe siècle — Baudelaire l'annonce, Verlaine et Rimbaud le portent. Le symbolisme refuse de décrire le monde : il cherche à suggérer ce qui se cache derrière lui, par des correspondances entre les sensations. « De la musique avant toute chose », écrit Verlaine : le son compte autant que le sens.
  19. 19. La forme : deux hexasyllabes, une comparaison en comme. Le vers est court, la phrase simple — rien ne fait obstacle.
  20. 20. L'image : la pluie extérieure et le chagrin intérieur sont mis en parallèle. Le poème ne dit jamais je suis triste : il montre une ville sous la pluie.
  21. 21. Les sons : pleure et pleut ne diffèrent que d'une syllabe. Le rapprochement se fait par l'oreille avant de se faire par le sens.
  22. 22. Commenter, ce n'est pas repérer la comparaison : c'est dire qu'elle efface la frontière entre le dehors et le dedans.
  23. 23. Regarder la forme avant de lire : longueur des vers, blancs, absence de ponctuation, disposition sur la page. Chez un poète moderne, la mise en page est un sens, pas une mise en page.
  24. 24. Chercher les images, puisqu'il n'y a plus de mètre à compter : comparaison, métaphore, personnification. C'est là que le poème travaille.
  25. 25. Écouter les sons — allitérations, assonances, retours de mots. Le vers libre abandonne la rime, jamais la musique.
  26. 26. Nommer le mouvement s'il se reconnaît, et dire ce qu'il cherche : suggérer (symbolisme), surprendre (surréalisme), regarder l'ordinaire (Ponge, Prévert).