← Retour au chapitre

Fiche à trous · 5ème · Français

Expression écrite : le récit à la première personne et la description

Complétez de mémoire, puis vérifiez avec la page de corrigé.

Écrire « je », c'est accepter de ne plus tout savoir. Le narrateur ne peut plus décrire ce qu'il n'a pas vu ni entrer dans la tête des autres — et c'est précisément cette limite qui donne au récit sa force : le lecteur découvre en même temps que lui.

Écrire à la première personne

Règle

le « je » ne voit que ce qu’il voit — c’est sa limite et sa forceil peut direce qu’il voit, entend, sentce qu’il pense et ressentce qu’il suppose des autres« il semblait hésiter »il ne peut pas direce qui se passe ailleursles pensées d’un autrece qu’il apprendra plus tard« il hésitait, se souvenant de… »
2.

Piège

Faire dire au narrateur ce qu'il ne peut pas savoir.

relire en se demandant, à chaque phrase : « comment le narrateur sait-il cela ? » S'il n'y a pas de réponse, la phrase est à réécrire au conditionnel ou à supprimer.

Définitionnarration à la première personne :

Décrire

Définitionexpansion du nom :

trois façons d’en dire plus sur un nom, et trois effets différentsadjectif qualificatif.une porte étroite — dit une qualité, en un motcomplément du nomune porte de fer — dit la matière, l’origine, l’usageproposition relativeune porte qui ne fermait plus — raconte, en plus de décrirela relative est la plus riche : elle glisse un fragment d’histoire dans la description
5.

Organiser une description

  1. 6.
  2. 7.
  3. 8.

Piège

Décrire avec des jugements : « un beau jardin », « une jolie maison ».

remplacer chaque adjectif de jugement par un détail observable — non pas un beau jardin, mais un jardin où les rosiers dépassaient le mur.

Faire progresser un texte

Définitionprogression textuelle :

chaque phrase reprend quelque chose (le thème) et ajoute quelque chose (le propos)progression à thème constantLe chien dormait. Il ouvrit un œil.Il se leva. La bête s’étira longuement.le même thème revient, repris par des substitutsprogression linéaireLe chien fixait la porte.Cette porte n’avait pas bougé depuis l’aube.le propos de l’une devient le thème de la suivantesans progression : chaque phrase repart de zéro — le lecteur lit une liste, pas un texte.
10.

Définitionsubstituts et reprises :

Piège

Employer un pronom dont on ne sait plus qui il désigne.

à chaque pronom, vérifier qu'un seul nom peut lui correspondre dans les deux phrases précédentes. Sinon, renommer.

La ponctuation expressive

Définitionponctuation expressive :

Exemple

Une même phrase, trois ponctuations : « Il était revenu »

  1. 13.
  2. 14.
  3. 15.

Résultat :

Piège

Ponctuer une rédaction de points d'exclamation pour la rendre vivante.

compter ses points d'exclamation à la relecture, et n'en garder qu'un par paragraphe — le plus mérité.

Rédiger une suite de texte

Règle

Respecter le style de l'auteur

  1. 18.
  2. 19.
  3. 20.
  • Chaque information de mon récit est-elle accessible au narrateur ?
  • Ma description suit-elle un ordre, et depuis quel point de vue ?
  • Ai-je varié les expansions du nom, plutôt que d'aligner des adjectifs ?
  • Chacun de mes pronoms ne peut-il désigner qu'une seule personne ?
  • Chaque phrase apporte-t-elle du neuf, ou répète-t-elle la précédente ?
  • Ai-je moins de points d'exclamation que de paragraphes ?

Corrigé · à détacher

Expression écrite : le récit à la première personne et la description

  1. 1. Un récit à la première personne impose un point de vue interne : on ne rapporte que ce que le narrateur perçoit, pense ou déduit. Écrire « je ne savais pas qu'il m'observait » est possible ; écrire « il m'observait en souriant » ne l'est pas, si le narrateur ne l'a pas vu.
  2. 2. Le doute — « il semblait » — est la seule façon d’évoquer l’intérieur d’autrui.
  3. 3. La narration est l'acte de raconter : elle rapporte des actions dans le temps, quand la description arrête le temps pour montrer. Choisir la narration à la première personne, c'est confier le récit à un personnage — il gagne en présence ce qu'il perd en savoir.
  4. 4. Ce qui enrichit un nom sans en changer la nature : l'adjectif qualificatif (une porte étroite), le complément du nom (une porte de fer), la proposition subordonnée relative (une porte qui ne fermait plus). Une description pauvre juxtapose des noms nus ; une description réussie choisit ses expansions.
  5. 5. Trois outils, du plus bref au plus narratif.
  6. 6. Choisir un ordre et s'y tenir : du général au détail, de gauche à droite, du proche au lointain. Une description désordonnée ne se voit pas.
  7. 7. Choisir un point de vue : qui regarde, d'où ? Une pièce vue depuis la porte n'est pas la même que vue depuis la fenêtre.
  8. 8. Faire sentir autant que voir : une odeur, un bruit, une température valent dix adjectifs visuels.
  9. 9. Un texte progresse quand chaque phrase reprend une part de la précédente — le thème, ce dont on parle — et y ajoute du neuf — le propos, ce qu'on en dit. Les substituts lexicaux (la bête, l'animal) et pronominaux (il, celui-ci) assurent la reprise ; sans eux le texte se répète, sans propos neuf il piétine.
  10. 10. Deux façons de faire avancer un texte.
  11. 11. Pour éviter la répétition, on remplace un nom déjà cité par un pronom (il, celui-ci), un synonyme ou un terme générique (l'animal, la bête), ou une périphrase (le maître des lieux). Chaque reprise doit rester claire : un pronom qui pourrait désigner deux personnages est une reprise ratée.
  12. 12. Trois signes ne servent pas à découper la phrase mais à faire entendre une voix. Les points de suspension (…) laissent une phrase inachevée : hésitation, sous-entendu, ou temps qui s'étire. Le point d'exclamation ( ! ) marque l'émotion — surprise, colère, joie. Le point d'interrogation ( ? ) peut interroger le lecteur autant qu'un personnage.
  13. 13. « Il était revenu. » — le fait est posé, sans commentaire. Le narrateur constate.
  14. 14. « Il était revenu ! » — l'émotion s'entend : le narrateur n'y croyait plus.
  15. 15. « Il était revenu… » — la phrase reste ouverte : quelque chose suit qu'on ne dit pas encore.
  16. 16. Le mot à mot est identique dans les trois cas : c'est la ponctuation seule qui porte l'effet.
  17. 17. Rédiger une suite de texte, c'est écrire ce que l'auteur aurait pu écrire. On conserve donc quatre choses : la personne du récit, les temps dominants, le point de vue, et le style — c'est-à-dire la longueur des phrases et le vocabulaire employé. Le devoir n'est pas jugé sur l'imagination : il est jugé sur la ressemblance.
  18. 18. Compter les mots de deux ou trois phrases de l'extrait. Un auteur qui écrit par phrases de huit mots ne se continue pas par des phrases de quarante.
  19. 19. Relever trois ou quatre mots caractéristiques — un champ lexical, un niveau de langue — et les réemployer sans les recopier.
  20. 20. Reprendre la dernière phrase de l'extrait au brouillon, puis écrire la suivante juste en dessous : la rupture, s'il y en a une, se voit à l'œil nu.