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Fiche à trous · Terminale · Français

Culture littéraire — les courants, leurs dates et ce contre quoi ils s'écrivent

Complétez de mémoire, puis vérifiez avec la page de corrigé.

Il n'y a plus d'épreuve de français en terminale — l'écrit et l'oral se passent en première. Cette fiche ne prépare donc pas un examen : elle donne la carte dont on a besoin ensuite, en spécialité humanités, en classe préparatoire, à l'université, et pour le Grand Oral dès qu'une question touche à la culture. Connaître les courants ne sert pas à réciter des étiquettes ; cela sert à situer une œuvre inconnue en trois secondes, et à comprendre contre quoi elle a été écrite — car un courant naît presque toujours en réaction au précédent.

Ce qu'est un courant littéraire

Définitioncourant littéraire :

On appelle auteur canonique celui que les programmes, les anthologies et l'enseignement ont retenu — le canon est la liste, jamais close, de ce qu'une culture juge devoir être lu. Elle n'est pas un palmarès de qualité : elle s'est constituée par des décisions successives, et elle bouge. Des auteurs immenses en leur temps en sont sortis ; d'autres y sont entrés tard — les femmes écrivains, longtemps rares dans les manuels, ou les littératures francophones. Savoir qu'un canon est une construction, et non un fait de nature, fait partie de la culture littéraire au même titre que la liste elle-même.

Piège

Traiter les dates d'un courant comme des frontières.

employer les courants comme des repères, jamais comme des verdicts. « Cette œuvre s'inscrit dans… tout en s'en écartant par… » est presque toujours plus juste qu'un rattachement net, et c'est la formulation qu'attend un correcteur.

Des origines aux Lumières

des origines aux Lumières — une date, trois noms, un mot d’ordreMoyen ÂgeXIᵉ–XVᵉ s.Chrétien de Troyes, Villonchanter l’exploit, puis l’amourRenaissanceXVIᵉ s.Rabelais, Montaigne, Ronsardl’homme au centre, et le douteBaroque1580–1660d’Aubigné, Corneillel’instabilité, le mouvementClassicisme1660–1680Molière, Racine, La Fontaineplaire et instruire, par la règleLumièresXVIIIᵉ s.Voltaire, Diderot, Rousseaujuger par la raison
2.

Règle

Du romantisme au XX^e siècle

du romantisme au Nouveau Roman — deux siècles, six rupturesRomantisme1820–1850Hugo, Lamartine, Mussetle moi, contre les règlesRéalisme1830–1870Balzac, Stendhal, Flaubertpeindre la société entièreNaturalisme1870–1890Zola, Maupassantle roman comme expérienceSymbolisme1870–1890Verlaine, Rimbaud, Mallarmésuggérer, ne pas nommerSurréalisme1924–1940Breton, Éluard, Aragonlibérer l’image du contrôleExistentialisme1938–1950Sartre, Beauvoir, Camusl’homme se fait par ses actesNouveau Roman1950–1970Robbe-Grillet, Sarrautedéfaire l’intrigue et le personnage
4.

Règle

Une régularité vaut d'être retenue, parce qu'elle rend la carte mémorisable : chaque courant se définit contre le précédent. Le classicisme discipline l'exubérance baroque ; le romantisme brise les règles classiques ; le réalisme se détourne du moi romantique ; le symbolisme refuse la description réaliste ; le surréalisme refuse le contrôle rationnel ; le Nouveau Roman refuse le personnage. Savoir contre quoi une œuvre est écrite en dit souvent plus que la liste de ses traits — et fournit, pour une dissertation, une problématique toute faite.

Lire une œuvre en la reliant

Règle

Le classicisme avait ordonné les genres en une hiérarchie : la tragédie et l'épopée au sommet, la comédie au-dessous, le roman à peine considéré comme littérature. Cette échelle explique des décisions qui paraissent sinon arbitraires — pourquoi Racine écrit en vers et Molière parfois en prose, pourquoi le roman met deux siècles à devenir respectable. Le romantisme la renverse, le XIXe siècle installe le roman au sommet, et le XXe efface les frontières : poème en prose, roman sans intrigue, théâtre sans action. Lire une œuvre en autonomie, c'est d'abord se demander quelle promesse de genre elle fait, et si elle la tient.

Définitionintertextualité :

Situer une œuvre qu'on découvre

  1. 8.
  2. 9.
  3. 10.
  4. 11.
  5. 12.

Exemple

Situer L'Étranger de Camus (1942) sans en avoir lu la critique.

  1. 13.
  2. 14.
  3. 15.
  4. 16.
  5. 17.

Résultat :

  • Puis-je donner, pour chaque courant, une date, trois noms, un mot d'ordre ?
  • Ai-je en tête le texte-manifeste de chacun, quand il en a un ?
  • Sais-je dire contre quoi chaque courant s'est construit ?
  • Est-ce que j'emploie les courants comme repères, et non comme verdicts ?
  • Pour une réécriture : ai-je mesuré l'écart avec le modèle ?
  • Mes rattachements sont-ils formulés avec une réserve quand elle s'impose ?

Corrigé · à détacher

Culture littéraire — les courants, leurs dates et ce contre quoi ils s'écrivent

  1. 1. Un courant est un ensemble d'œuvres qui partagent une conception de la littérature, à une époque donnée : ce qu'il faut écrire, pour qui, avec quelles formes. Il se reconnaît à trois choses — une date approximative, quelques noms, et un mot d'ordre, souvent formulé dans un texte-manifeste. La Défense et illustration de la langue française pour la Pléiade, la préface de Cromwell pour le romantisme, le Manifeste du surréalisme pour le surréalisme : ces textes disent explicitement contre quoi le courant se dresse.
  2. 2. Cinq périodes, de la chanson de geste à l'Encyclopédie.
  3. 3. Le Moyen Âge chante d'abord l'exploit guerrier — la chanson de geste, dont La Chanson de Roland — puis invente avec Chrétien de Troyes le roman courtois, où l'amour devient un sujet digne d'un récit. La Renaissance déplace le centre : l'humanisme met l'homme et son jugement à la place de l'autorité, Rabelais rit du savoir mort, Montaigne fonde l'essai en se prenant lui-même pour objet. Le classicisme des années 1660 impose ensuite la règle — les trois unités, la bienséance, la vraisemblance — non pour brider mais parce qu'il croit que la contrainte concentre l'effet. Les Lumières enfin font de la littérature une arme : l'Encyclopédie, le conte philosophique, le pamphlet servent tous à soumettre les institutions au tribunal de la raison.
  4. 4. Sept courants, et le mot d'ordre de chacun.
  5. 5. Le romantisme libère le moi et brise les règles classiques : Hugo réclame en 1827 le droit de mêler le sublime et le grotesque. Le réalisme se détourne du moi pour peindre la société entière — Balzac veut être « le secrétaire » de son époque —, et le naturalisme de Zola y ajoute l'ambition scientifique de l'hérédité et du milieu. Le symbolisme prend le contre-pied : puisque le monde visible ne dit pas tout, le poème doit suggérer au lieu de nommer. Le surréalisme de 1924 pousse plus loin en libérant l'image du contrôle de la raison. L'existentialisme des années 1940 fait du roman un lieu de choix moral — l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il fait. Le Nouveau Roman, enfin, défait ce que tous supposaient acquis : l'intrigue, le personnage, la psychologie.
  6. 6. La littérature comparée ajoute deux notions à l'intertextualité. L'influence relie deux auteurs sans qu'il y ait citation : elle se prouve par un faisceau — une forme reprise, un motif, un aveu dans une lettre ou une préface —, jamais par une simple ressemblance, qui peut n'être qu'une rencontre. Le genre, lui, est le cadre d'attente commun à l'auteur et au lecteur : annoncer « roman » sur une couverture est déjà une promesse. L'histoire littéraire est en grande partie celle de ces promesses tenues, déplacées ou rompues.
  7. 7. L'intertextualité est l'ensemble des relations qu'un texte entretient avec d'autres textes : citation, allusion, imitation, parodie, réécriture. Ce n'est pas une érudition de spécialiste — c'est un fait de lecture ordinaire, et les auteurs comptent dessus. Un mythe repris — Antigone, Don Juan, Faust — arrive chargé de toutes ses versions antérieures, et l'écart entre la version qu'on lit et celles qu'on connaît est le sens de l'œuvre. Une réécriture qui ne change rien n'aurait aucune raison d'exister.
  8. 8. Lire la date avant la première page. Elle donne la période, et donc les débats dans lesquels le livre tombe.
  9. 9. Repérer le genre et sa forme : roman, théâtre, poésie, essai — puis la forme précise, qui est déjà une prise de position. Un roman en lettres, un poème en prose, une pièce sans intrigue signalent chacun un refus.
  10. 10. Chercher contre quoi le texte est écrit. Une préface, un manifeste, un procès, une querelle : les grandes œuvres ont presque toutes un adversaire, et il est souvent nommé.
  11. 11. Identifier ce qu'elle reprend — un mythe, une forme ancienne, un modèle — et mesurer l'écart.
  12. 12. Ne conclure au rattachement qu'avec une réserve. « S'inscrit dans, tout en s'en écartant par » est presque toujours la formule juste.
  13. 13. La date : 1942, en pleine guerre. La période est celle où l'existentialisme se formule — Sartre publie L'Être et le Néant en 1943.
  14. 14. La forme : un récit à la première personne, au passé composé, dans une langue plate et brève. Ce choix est une position : le passé composé refuse le passé simple, temps du récit littéraire traditionnel.
  15. 15. Contre quoi : contre le roman qui explique ses personnages. Meursault n'est jamais expliqué, et le lecteur doit se passer de ce que tout roman lui fournissait — les raisons d'agir.
  16. 16. Ce qu'elle reprend : la structure du roman judiciaire, avec son crime et son procès, mais le procès y juge l'attitude de l'accusé aux obsèques de sa mère plutôt que son crime.
  17. 17. La réserve : Camus a refusé l'étiquette existentialiste et parlé, lui, d'absurde.
  18. 18. Une œuvre située, datée, reliée — et rattachée avec la réserve que l'auteur lui-même exigeait.