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Fiche à trous · Terminale · Français

Stylistique — décrire un style, analyser une phrase, lire une langue ancienne

Complétez de mémoire, puis vérifiez avec la page de corrigé.

« L'auteur emploie une métaphore. » Cette phrase, à elle seule, ne vaut rien : elle nomme sans expliquer. L'analyse stylistique commence exactement là où s'arrête l'identification — au moment où l'on dit ce que le procédé fait au lecteur, et pourquoi l'auteur ne pouvait pas l'obtenir autrement. Ce chapitre donne les outils pour aller jusque-là : décrire un style, analyser une phrase, situer une langue ancienne. Il n'y a pas d'épreuve de français en terminale ; ces outils servent la spécialité humanités, la préparation aux concours, et toute lecture exigeante.

Décrire un style

Définitionstyle :

quatre entrées — et un devoir qui n’en emploie qu’une reste incompletle lexiquequels mots reviennent ?abstraits ou concrets ?quel registre ?la syntaxephrases longues oubrèves ? juxtaposéesou subordonnées ?le rythmeoù le texte accélère,où il s’arrête ?répétitions, rupturesles imagescomparaisons,métaphores : à quoile texte compare-t-il ?nommer un procédé sans dire son effet ne vaut aucun point : le nom n’est pas l’analyseun style se décrit par ce qui **revient**, non par ce qui se remarque une foisdeux occurrences sont un hasard ; six sont une manière
2.

Exemple

Deux manières d'écrire la même scène : un homme entre dans une pièce où quelqu'un l'attend.

  1. 3.
  2. 4.
  3. 5.
  4. 6.
  5. 7.

Résultat :

La phrase littéraire

Définitionparataxe, hypotaxe, anacoluthe :

Règle

Piège

Écrire « on relève une accumulation, une métaphore et une anaphore ».

pour chaque procédé relevé, s'obliger à écrire la phrase qui commence par « ce qui produit… » ou « d'où l'impression que… ». Si l'on ne peut pas l'écrire, le procédé n'avait pas à être cité.

Les registres de langue

Règle

Analyser un passage-clé

Règle

Un réflexe utile et peu coûteux : lire l'incipit et l'excipit à la suite, comme s'ils se touchaient. Les échos apparaissent alors immédiatement — un mot repris, une phrase symétrique, un lieu retrouvé, un temps verbal qui a changé. Ces échos sont rarement fortuits : ils mesurent le chemin parcouru par le personnage, et fournissent à un devoir sa colonne vertébrale. Quand les deux pages sont identiques dans leur forme mais opposées dans leur sens, le roman a construit un cercle, et c'est presque toujours le sujet du livre.

La rhétorique classique

Définitioninventio, dispositio, elocutio :

cinq opérations, dans l’ordre où on les accomplitnom latince qu’on y faitinventiotrouver les arguments et les exemplesdispositioles ordonner — c’est le planelocutioles mettre en mots — c’est le stylepuis memoria (retenir) et actio (dire, avec la voix et le corps) — les deux que le Grand Oral réhabilitel’ordre compte : chercher les mots avant d’avoir les idées est la première cause de devoirs creux
14.

Ces catégories vieilles de deux mille ans décrivent encore exactement ce qu'on demande aujourd'hui. Une dissertation est une inventio suivie d'une dispositio et d'une elocutio. Le Grand Oral y ajoute les deux dernières, longtemps négligées par l'école écrite : la memoria, qui explique pourquoi l'on répète à voix haute, et l'actio, qui explique pourquoi trois des cinq critères d'évaluation portent sur la voix, le corps et l'interaction. Nommer ces opérations n'est pas de l'érudition : cela permet de savoir l'on échoue quand un devoir ou un oral rate.

Les mots : origines et créations

Règle

Lire une langue ancienne

Aborder un texte en français médiéval ou du XVI^e siècle

  1. 16.
  2. 17.
  3. 18.
  4. 19.
  5. 20.

Exemple

Une phrase de Montaigne, Essais, I, 31, « Des Cannibales » (1580).

  1. 21.
  2. 22.
  3. 23.
  4. 24.

Résultat :

  • Ai-je employé les quatre entrées : lexique, syntaxe, rythme, images ?
  • Le procédé que je cite revient-il, ou est-il isolé ?
  • Pour chaque procédé : ai-je écrit la phrase qui dit son effet ?
  • Ai-je repéré les ruptures de registre plutôt que le registre dominant ?
  • Sur un texte ancien : ai-je vérifié les faux amis, et pas seulement les mots inconnus ?
  • Mon analyse porte-t-elle sur le texte, ou sur sa traduction ?

Corrigé · à détacher

Stylistique — décrire un style, analyser une phrase, lire une langue ancienne

  1. 1. Le style d'un auteur n'est pas ce qu'il dit mais la manière récurrente dont il le dit. D'où une règle de méthode : un style se décrit par ce qui revient, jamais par ce qui frappe une fois. Deux occurrences d'un procédé sont un hasard ; six en font une manière, et c'est seulement alors qu'on peut écrire « le style de… ». Quatre entrées suffisent à le caractériser — le lexique, la syntaxe, le rythme, les images — et un devoir qui n'en emploie qu'une reste incomplet, quelle que soit sa finesse.
  2. 2. Les quatre entrées d'une analyse stylistique.
  3. 3. Première manière. « Il entra. Elle était là. Il ne dit rien. » Phrases brèves, juxtaposées, aucun connecteur — c'est la parataxe. Le lexique est nu, sans adjectif.
  4. 4. L'effet : le lecteur reçoit les faits sans hiérarchie ni explication. Rien ne dit ce qui compte ; c'est à lui de relier, et l'absence de lien devient le sujet.
  5. 5. Seconde manière. « Lorsqu'il poussa la porte, il comprit, à la façon dont elle avait tourné la tête sans se lever, qu'elle attendait depuis assez longtemps pour avoir cessé d'attendre. » Une seule phrase, plusieurs subordonnées emboîtées — c'est l'hypotaxe.
  6. 6. L'effet : la phrase reproduit le cheminement d'une conscience qui interprète. Le lecteur ne voit pas la scène, il suit une déduction.
  7. 7. Ce qu'il faut écrire. Non pas « l'auteur emploie la parataxe », mais « la juxtaposition prive le lecteur des liens que le narrateur refuse d'établir ».
  8. 8. Le procédé se nomme en trois mots ; son effet demande une phrase, et c'est cette phrase qui est notée.
  9. 9. La parataxe juxtapose les propositions sans mot de liaison ; l'hypotaxe les subordonne les unes aux autres. Ce sont deux façons opposées de traiter le lecteur : la première lui laisse construire les rapports, la seconde les lui impose. L'anacoluthe, elle, est une rupture de construction — la phrase commence sur une structure et se poursuit sur une autre. Ce n'est une faute que dans une copie ; chez un écrivain, elle mime souvent l'emportement ou la pensée qui se corrige en route, comme dans le célèbre « Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé » de Pascal.
  10. 10. Deux autres faits de phrase reviennent constamment. L'accumulation entasse les termes de même fonction : elle produit l'abondance, la saturation, parfois le vertige — et son effet dépend de son ordre, croissant ou décroissant. L'ellipse supprime ce qu'on attendait : un verbe, une explication, un épisode entier. Elle accélère, et surtout elle désigne — ce que le texte saute est souvent ce qu'il tient pour indicible ou pour évident, et les deux méritent d'être relevés.
  11. 11. Le registre soutenu, courant ou familier se lit sur le lexique, mais aussi sur la syntaxe — la négation complète, l'inversion du sujet, la subordination relèvent du soutenu ; leur absence, du familier. Dans un texte littéraire, le registre n'est presque jamais neutre : il caractérise un personnage, ou il contraste. Faire parler un roi en langue familière, ou un vagabond en périodes savantes, produit un écart, et cet écart est le sens. Un texte entièrement homogène de registre est rare, et le repérage doit porter d'abord sur les ruptures.
  12. 12. Trois passages concentrent l'attention, et chacun se lit avec une question propre. L'incipit passe un pacte : en quelques lignes, il fixe le genre, le ton, la distance du narrateur, et donc ce que le lecteur a le droit d'attendre — c'est pourquoi on y regarde d'abord les temps verbaux et la personne. L'excipit décide de ce qui reste ouvert : on y observe la vitesse du récit, qui ralentit ou s'emballe, et le retour éventuel d'un motif de l'incipit. La scène-clé est celle où quelque chose bascule ; on y traque la rupture stylistique — un changement de rythme, de registre, de point de vue —, car un basculement d'action s'accompagne presque toujours d'un basculement d'écriture.
  13. 13. La rhétorique antique décompose la préparation d'un discours en cinq opérations, dans l'ordre où on les accomplit. L'inventio cherche les arguments et les exemples ; la dispositio les ordonne — c'est le plan ; l'elocutio les met en mots — c'est le style ; la memoria les retient ; l'actio les prononce, avec la voix et le corps. L'ordre n'est pas décoratif : chercher les mots avant d'avoir les idées est la première cause des devoirs creux, et c'est exactement l'erreur que commet une copie qui soigne ses formules et n'a rien à dire.
  14. 14. Les cinq opérations, et les deux que le Grand Oral remet en usage.
  15. 15. L'étymologie éclaire des liens que l'orthographe cache. Un même mot latin donne souvent deux mots français : le doublet, dont l'un est venu par l'usage populaire et l'autre par emprunt savant — hospitale donne hôtel et hôpital, fragilis donne frêle et fragile, integrum donne entier et intègre. Le mot populaire s'est déformé en circulant, le mot savant a été recopié plus tard : leur écart mesure des siècles d'usage. Les néologismes se forment quant à eux par dérivation (télétravailler), composition (portefeuille), emprunt (cluster), siglaison (RSA) ou mot-valise (courriel, de courrier et électronique).
  16. 16. Lire à voix haute d'abord. L'orthographe ancienne masque des mots qu'on reconnaît à l'oreille : cuer se lit « cœur », chascun « chacun ». L'œil bute là où l'oreille comprend.
  17. 17. Repérer les faux amis, plus dangereux que les mots inconnus. Un mot qu'on ne comprend pas envoie au glossaire ; un mot qu'on croit comprendre ne l'y envoie jamais. Ennui signifiait un tourment violent, étonner frapper de stupeur, gêne la torture.
  18. 18. Rétablir la syntaxe : l'ordre des mots est plus libre qu'aujourd'hui, la négation souvent réduite à ne, le sujet fréquemment omis. Reconstruire mentalement une phrase moderne avant d'analyser.
  19. 19. Utiliser le glossaire, puis le refermer : traduire n'est pas le but. Une fois le sens obtenu, l'analyse porte sur le texte ancien, pas sur sa traduction.
  20. 20. Dater ce qu'on observe. Une forme qui nous paraît étrange était peut-être ordinaire : ce qui est stylistique, c'est ce qui s'écartait de l'usage de son temps, non du nôtre.
  21. 21. Le texte, dans une graphie d'époque : « chascun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ». Trois écarts seulement avec le français d'aujourd'hui : chascun pour chacun, et le mot usage au sens de « coutume, habitude ».
  22. 22. Ce que le glossaire donne, et où il s'arrête : il traduit usage, mais il ne dit pas que le mot est le pivot de la phrase.
  23. 23. L'analyse. La phrase est courte, sans subordination, construite sur une seule opposition — barbarie contre usage. Le mot chascun la rend universelle : elle vise aussi bien le lecteur que les peuples dont elle parle.
  24. 24. Ce qui fait le style. L'énoncé a la forme d'une maxime, donc d'une vérité générale — et son contenu affirme que les vérités générales sont des habitudes.
  25. 25. Trois mots à traduire, et une analyse qui ne porte que sur ce que la traduction aurait effacé.