Programme en vigueur — arrêtés du 17 janvier 2019, applicable en Première depuis la rentrée 2019. Voir le texte
Frontières : politiques, culturelles, économiques. Conflits territoriaux (Palestine, Cachemire, Arctique). Mer : ZEE, eaux internationales. Espace extra-atmosphérique. Cyberespace comme nouveau territoire.
La règle d'or
Une frontière n'est jamais naturelle : c'est un tracé politique, décidé, contesté et parfois déplacé, même quand il suit un fleuve ou une crête.
L'erreur que tout le monde fait
Traiter le cyberespace comme un espace sans territoire, échappant par nature au contrôle des États.
Les données circulent par des câbles posés sur des fonds marins, transitent par des points d'échange situés dans des pays précis et reposent sur des centres de stockage soumis au droit de l'État où ils se trouvent. Les États y exercent des contrôles, y installent des filtrages et s'y affrontent, ce qui en fait un territoire disputé plutôt qu'un espace libre.
Chercher l'infrastructure physique derrière l'espace prétendu immatériel, puis l'État sur lequel elle repose.
On dit d'un fleuve ou d'une crête qu'ils forment une frontière « naturelle ». La formule est commode et fausse : c'est une décision politique qui a retenu ce fleuve plutôt qu'un autre, et rien dans le relief ne l'imposait. Le mot « naturelle » sert à faire passer pour évident ce qui a été choisi — et parfois arraché.
1Ce qu'est une frontière
Règle
Une frontière n'est jamais naturelle : c'est un tracé politique, décidé, contesté et parfois déplacé, même quand il suit un fleuve ou une crête. Le relief peut fournir un repère commode, il ne fournit jamais une décision. Qualifier une frontière de naturelle revient à masquer les acteurs qui l'ont tracée et les autres tracés qui étaient possibles — c'est un argument déguisé en description.
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Piège
Traiter le cyberespace comme un espace sans territoire, échappant par nature au contrôle des États.
Pourquoi — Le cyberespace repose sur des infrastructures physiques — câbles sous-marins, centres de données, points d'échange — qui se trouvent quelque part, sur le territoire d'un État, soumises à son droit. Les États y exercent des compétences réelles : filtrage, obligations de stockage sur leur sol, réquisitions, coupures. L'image d'un espace hors-sol empêche de voir les rapports de force bien matériels qui s'y jouent.
Le réflexe — Devant un espace dit immatériel, chercher où sont les câbles et les serveurs.
Propriété
Une frontière remplit plusieurs fonctions qui ne coïncident pas nécessairement. Elle délimite une souveraineté, filtre les circulations — différemment selon qu'il s'agit de personnes, de marchandises, de capitaux ou de données —, et elle signifie une identité. Une même ligne peut être ouverte aux marchandises et fermée aux personnes : décrire une frontière comme simplement « ouverte » ou « fermée » manque ce qui s'y joue.
2Les conflits d'appropriation
Propriété
Un conflit territorial oppose des revendications concurrentes sur un même espace. Ses ressorts se combinent : des ressources — eau, hydrocarbures, terres —, une position stratégique, une valeur symbolique ou religieuse, et des récits historiques concurrents, chaque partie datant son droit d'une période qui lui est favorable. Analyser un tel conflit, c'est identifier ces ressorts, non décider lequel des récits est le bon.
Deux cas relèvent de cette structure : la Palestine et le Cachemire. Dans l'un comme dans l'autre, deux projets nationaux revendiquent un même espace, les lignes de démarcation sont issues d'événements qui n'ont pas abouti à un statut définitif, et des populations vivent sous un régime que ce statut non réglé laisse indéterminé. Une copie décrit les termes de chaque revendication, les lignes en présence et les tentatives de règlement ; elle n'arbitre pas entre les récits, ce qui n'est pas l'objet d'une analyse géopolitique.
3Des espaces à statut particulier
Propriété
En mer, les droits sont séparés par zones : la souveraineté s'exerce sur les eaux territoriales, tandis que la ZEE ne donne que des droits sur les ressources, la navigation y demeurant libre. C'est cette séparation qui explique la nature des différends maritimes : ils portent le plus souvent sur la délimitation et sur la ressource, non sur le passage.
L'Arctique illustre un déplacement rapide des enjeux : le recul de la banquise y ouvre des routes et rend accessibles des ressources, ce qui transforme un espace longtemps sans enjeu pratique en espace à délimiter. Les règles n'ont pas changé — ce sont les usages qui rendent soudain utile de les appliquer. L'espace extra-atmosphérique relève d'un régime distinct, fondé sur des traités qui interdisent l'appropriation nationale, et que les activités privées récentes soumettent à de nouvelles questions.
Analyser un conflit d'appropriation territoriale
Délimiter l'espace en cause et identifier les acteurs qui le revendiquent — États, groupes, populations résidentes.
Exposer les termes de chaque revendication : sur quoi chacune se fonde-t-elle, et à partir de quelle date ?
Repérer les ressorts matériels : ressources, position stratégique, voies de passage.Un ressort symbolique et un ressort matériel se superposent souvent sur le même espace.
Identifier le statut juridique en vigueur, et ce qui est contesté — la ligne, la ressource, ou la compétence ?
Conclure sur les tentatives de règlement et ce qui les a fait échouer, sans arbitrer entre les récits.
▢Ai-je évité de qualifier une frontière de naturelle ?
▢Ai-je dit qui a tracé la ligne, et quand ?
▢Ai-je distingué les fonctions d'une frontière — délimiter, filtrer, signifier ?
▢Ai-je situé les infrastructures physiques du cyberespace ?
▢Ai-je exposé les termes de chaque revendication sans arbitrer ?
▢Ai-je distingué ce qui est contesté : la ligne, la ressource, ou la compétence ?
L'essentiel en 12 points
·Une frontière n'est jamais naturelle : c'est un tracé politique.
·Le relief fournit un repère, jamais une décision.
·Le mot « naturelle » naturalise un choix : c'est un argument déguisé en description.
a.Pourquoi une frontière n'est-elle jamais naturelle ?
b.Citer trois fonctions d'une frontière.
c.Que donne une ZEE ? Que ne donne-t-elle pas ?
d.Sur quoi repose physiquement le cyberespace ?
e.Citer trois ressorts possibles d'un conflit territorial.
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a. Parce que c'est un tracé politique : le relief fournit un repère, jamais une décision. D'autres tracés étaient possibles.
b. Elle délimite une souveraineté, filtre les circulations, et signifie une identité.
c. Des droits sur les ressources. Elle ne donne pas la souveraineté : la navigation y reste libre.
d. Sur des câbles sous-marins, des centres de données et des points d'échange — tous situés sur le territoire d'un État.
e. Des ressources, une position stratégique, une valeur symbolique — on peut ajouter des récits historiques concurrents.
2
Un manuel écrit : « Les Pyrénées constituent une frontière naturelle entre la France et l'Espagne. » Discuter.
Argumenter
a.Que fournit réellement le relief ?
b.Qu'est-ce que le mot « naturelle » fait disparaître ?
c.Pourquoi cette formule est-elle un argument plutôt qu'une description ?
d.Comment reformuler exactement ?
e.Pourquoi cette vigilance vaut-elle au-delà du cas des montagnes ?
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a. Un repère commode : une ligne visible, praticable comme référence. Rien de plus.
b. Les acteurs qui ont tracé la ligne, la date de leur décision, et les autres tracés qui étaient possibles — y compris ceux qui ont été écartés.
c. Parce qu'elle fait passer pour évident ce qui a été choisi : si la frontière est naturelle, la contester devient absurde. Le mot fait donc un travail de légitimation sous couvert de géographie.
d. Par exemple : « La frontière franco-espagnole a été fixée par traité et suit en grande partie la ligne de crête des Pyrénées. » Le relief redevient un repère, et la décision réapparaît.
e. Parce que le même procédé s'applique à d'autres qualificatifs — frontière « historique », « évidente », « logique ». Chacun naturalise un tracé politique, et c'est précisément ce que l'analyse doit défaire.
3
Un commentateur affirme que le cyberespace échappe par nature aux États. Analyser.
Analyser
a.Sur quelles infrastructures physiques repose le cyberespace ?
b.Où se trouvent ces infrastructures, juridiquement parlant ?
c.Citer trois compétences qu'un État y exerce réellement.
d.Qu'est-ce que l'image d'un espace hors-sol empêche de voir ?
e.En quoi cela rapproche-t-il le cyberespace des autres territoires du chapitre ?
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a. Des câbles sous-marins, des centres de données, des points d'échange, des satellites.
b. Sur le territoire d'un État, donc soumises à son droit — ou dans des espaces dont le statut est lui-même défini par des traités.
c. Le filtrage des contenus, des obligations de stockage des données sur son sol, des réquisitions — on peut ajouter la coupure d'accès.
d. Les rapports de force matériels qui s'y jouent : qui possède les câbles, qui héberge les serveurs, qui peut interrompre une liaison. L'image d'un espace immatériel rend ces questions invisibles.
e. Parce qu'il obéit à la même logique : un espace approprié, délimité et disputé, dont les enjeux se lisent en termes de contrôle physique et de compétence juridique. La nouveauté est le support, pas le mécanisme.
4
Conflits territoriaux et espaces à statut particulier. Raisonner.
Raisonner
a.Quelle structure commune présentent les conflits de revendications concurrentes ?
b.Pourquoi chaque partie date-t-elle son droit d'une période différente ?
c.Que doit faire une copie face à deux récits historiques concurrents ?
d.Pourquoi l'Arctique devient-il un enjeu alors que les règles n'ont pas changé ?
e.Qu'est-ce qui distingue le régime de l'espace extra-atmosphérique ?
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a. Deux projets revendiquant un même espace, des lignes de démarcation issues d'événements sans statut définitif, et des populations dont le sort dépend d'un statut non réglé.
b. Parce que chaque période favorise une revendication : choisir la date de référence, c'est déjà choisir qui a le droit. Le désaccord porte donc autant sur la chronologie retenue que sur les faits eux-mêmes.
e. Décrire les termes de chaque revendication, les lignes en présence et les tentatives de règlement — sans arbitrer entre les récits, ce qui n'est pas l'objet d'une analyse géopolitique.
d. Parce que le recul de la banquise ouvre des routes et rend accessibles des ressources : ce sont les usages qui changent, non le droit. Un espace sans enjeu pratique devient un espace à délimiter.
e. Il repose sur des traités qui interdisent l'appropriation nationale — ce qui le distingue des espaces terrestres et maritimes. Les activités privées récentes y posent des questions que ces traités n'avaient pas envisagées.
Ce qui rapporte des points, ce qui en coûte
Refuser la notion de frontière naturelle5 ptsPerdu si : Reprendre la formule sans la discuter
Distinguer les fonctions d'une frontière4 ptsPerdu si : La décrire comme simplement ouverte ou fermée
Situer physiquement le cyberespace4 ptsPerdu si : En faire un espace hors d'atteinte des États
Exposer des revendications concurrentes sans arbitrer4 ptsPerdu si : Trancher entre deux récits historiques
Distinguer ce qui est contesté : ligne, ressource, compétence3 ptsPerdu si : Traiter tout différend maritime comme une atteinte à la souveraineté
4
La méthode
Analyser un conflit d'appropriation territoriale
1
Délimiter le territoire disputé et en donner une description matérielle.
2
Recenser les acteurs qui le revendiquent et les arguments de chacun.
Les arguments invoqués sont historiques, juridiques, économiques ou identitaires, parfois les quatre.
3
Identifier les ressources ou les positions qui donnent sa valeur au territoire.
4
Repérer les tiers impliqués et le cadre juridique auquel ils se réfèrent.
5
Conclure en hiérarchisant les enjeux, du plus déterminant au plus secondaire.
5
Se tester
Touches 1 à 4
HGGSPPremière
Question 1
En cyberespace, quel principe juridique international est souvent invoqué pour justifier qu'un État ne peut être tenu responsable d'une cyberattaque provenant de son territoire si elle émane d'acteurs non étatiques ?
Aucun compte requis — réponds, la correction s'affiche aussitôt.
Les territoires — Appropriation et conflits : c'est en quelle classe ?+
Ce chapitre est au programme de HGGSP au lycée, en classe de Première, année du Bac de français. Il est défini par le Bulletin Officiel de l'Éducation nationale, le texte de référence qui fixe ce qui doit être enseigné dans chaque matière.
Que faut-il savoir sur Les territoires — Appropriation et conflits ?+
Frontières : politiques, culturelles, économiques. Conflits territoriaux (Palestine, Cachemire, Arctique). Mer : ZEE, eaux internationales. Espace extra-atmosphérique. Cyberespace comme nouveau territoire. Les notions à maîtriser sont : frontière, ZEE, conflit territorial, Palestine, Arctique, cyberespace.
Où télécharger la fiche PDF de Les territoires — Appropriation et conflits ?+
Sur cette page, dans le bloc « Imprimer » : 3 documents à télécharger — le cours, les exercices et le corrigé — soit 6 pages au format A4, prêtes à imprimer. Le téléchargement est gratuit, immédiat, et ne demande ni compte ni adresse e-mail.
Le corrigé de Les territoires — Appropriation et conflits est-il fourni ?+
Oui, et c'est un document à part : chaque exercice y est repris étape par étape, avec le barème détaillé en fin de fiche — ce qui est attendu, combien de points, et ce qui fait perdre le point. Un parent qui ne se souvient plus du programme peut corriger une copie avec.
Les territoires — Appropriation et conflits peut-il tomber au Bac de français ?+
Ce chapitre fait partie du programme officiel de Première, il entre donc dans le périmètre du Bac de français. Le sujet exact varie chaque année et aucun chapitre n'est garanti, mais l'ensemble du programme de l'année est susceptible d'être évalué : mieux vaut ne pas parier sur des impasses.
Comment réviser Les territoires — Appropriation et conflits efficacement ?+
Commence par lire la fiche de révision pour remettre la règle en place, puis enchaîne immédiatement sur le quiz de cette page. Répondre juste après avoir lu ne suffit pas : reviens sur le chapitre deux ou trois jours plus tard. C'est l'espacement des révisions, plus que leur durée, qui fait tenir une notion en mémoire. Une session de quinze minutes répétée vaut mieux qu'une heure unique.
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Non. Les quiz, les corrections détaillées et les fiches de révision sont accessibles sans créer de compte et sans donner d'adresse e-mail. Le compte gratuit sert uniquement à conserver la progression d'un appareil à l'autre.