Œuvre et parcours : Le théâtre (œuvre au programme)
Programme en vigueur — arrêtés du 17 janvier 2019, applicable en Première depuis la rentrée 2019. Voir le texte
Étude d'une pièce intégrale (ex. Le Malade Imaginaire, Dom Juan, La Place Royale). Parcours associé (ex. 'Spectacle et comédie', 'Libertinage et morale'). Spécificités scéniques : du texte à la représentation (mise en scène, costumes, décors, jeu). Explication linéaire d'une scène capitale. Dissertation : défendre ou discuter une thèse sur la pièce ou le parcours.
La règle d'or
Une pièce est le seul objet du programme qui ne soit pas fini quand on l'a lue : il lui manque un corps, une voix et un espace.
L'erreur que tout le monde fait
Analyser une pièce sans jamais évoquer la représentation.
On traite alors le théâtre comme un roman dialogué. Or la moitié du sens vient du corps, du rythme, du décor et du silence, c'est-à-dire de ce que le texte ne dit pas mais rend possible — et c'est là qu'une part des points se joue.
S'imposer, dans chaque partie du devoir, au moins une phrase qui commence par « joué ainsi… » ou « une mise en scène qui… ».
Une pièce de théâtre est le seul objet du programme qui ne soit pas fini quand on l'a lu. Il lui manque un corps, une voix, un espace — et c'est là que se joue la moitié des points. Un devoir qui traite Le Malade imaginaire comme un roman dialogué passe à côté de l'objet d'étude, si finement qu'il analyse les répliques.
1L'œuvre et son parcours
Définition
parcours associé — Chaque œuvre au programme est accompagnée d'un parcours — une formule courte qui pose une question à l'œuvre et désigne un ensemble de textes complémentaires. Le parcours n'est pas un second programme : c'est l'angle sous lequel l'œuvre doit être lue. Une dissertation porte toujours sur les deux, et un devoir qui ne cite que l'œuvre traite la moitié du sujet.
L'œuvre fournit les exemples, le parcours fournit la question.
Les œuvres changent tous les deux ou trois ans, la méthode non. Ont figuré au programme Le Malade imaginaire de Molière (1673), avec le parcours « Spectacle et comédie » ; Dom Juan de Molière (1665), avec « Libertinage et morale » ; Les Fausses Confidences de Marivaux (1737), avec « Théâtre et stratagème » ; Juste la fin du monde de Lagarce (1990), avec « Crise personnelle, crise familiale ». Quelle que soit l'œuvre inscrite l'année où vous passez l'épreuve, ce qu'on attend est identique : une connaissance précise — scènes, personnages, formules — et la capacité à la mettre au service d'une question.
2Ce que le théâtre a de propre
Définition
double énonciation — Toute parole de théâtre s'adresse à deux destinataires à la fois : un personnage sur la scène, et le public devant elle. C'est le principe qui fonde tous les effets du genre. L'aparté est une parole que le public entend et qu'un personnage n'entend pas ; le quiproquo naît de ce que le public sait ce qu'un personnage ignore ; l'ironie tragique en est la version noire — le spectateur voit venir ce que le héros ne voit pas.
Règle
Le texte se divise en répliques — ce qui se dit — et en didascalies — ce qui s'exécute. La densité des secondes est un fait d'histoire littéraire : quasi absentes chez les classiques, qui les glissent dans le vers, elles envahissent le texte au XXe siècle, jusqu'à occuper chez certains auteurs plus de place que le dialogue. Un accessoire mentionné une seule fois est presque toujours le ressort de la pièce.
Analyser une scène
Situer la scène : exposition, nœud, dénouement ? On ne demande pas la même chose à une scène d'exposition qu'à un dénouement.
Regarder la distribution de la parole : qui parle le plus, qui coupe qui. Une tirade installe un rapport de force ; la stichomythie — répliques d'un vers échangées coup pour coup — signale l'affrontement.
Chercher ce que le public sait et qu'un personnage ignore. C'est là que se logent le rire et l'effroi.
Proposer une mise en scène — et de préférence deux, opposées. C'est la meilleure preuve qu'on a compris ce que le texte laisse ouvert.un texte de théâtre est une partition : montrer deux exécutions possibles montre qu'on l'a lu comme telle.
Exemple
Une même réplique, deux mises en scène : « Je suis perdu, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent ! » (Molière, L'Avare, IV, 7).
Le texte : quatre propositions juxtaposées en gradation — perdu, assassiné, égorgé, volé —, dont la dernière révèle qu'il ne s'agit que d'argent.
Première mise en scène : débit précipité, gestes désordonnés, l'acteur cherchant sous les meubles. Le désespoir devient bouffon, et le spectateur rit de la disproportion.
Seconde mise en scène : voix brisée, immobilité, longs silences entre les propositions. Le spectateur voit un vieil homme réellement anéanti, et le rire se retire.
Ce que cela prouve : le texte n'est ni comique ni pathétique en lui-même. Il autorise les deux, et c'est cette latitude qui définit l'écriture théâtrale.un devoir qui affirme « cette scène est comique » sans dire ce qui la rend telle en représentation n'a rien démontré.
un texte identique, deux effets contraires — et pas un mot changé
Piège
Analyser une pièce sans jamais évoquer la représentation.
Pourquoi — on traite alors le théâtre comme un roman dialogué. Or la moitié du sens vient du corps, du rythme, du décor et du silence — c'est-à-dire de ce que le texte ne dit pas mais rend possible.
Le réflexe — s'imposer, dans chaque partie du devoir, au moins une phrase qui commence par « joué ainsi… » ou « une mise en scène qui… ».
3Lire l'œuvre pour l'épreuve
Un carnet de lecture qui serve vraiment
Noter les seuils : la première page, le moment où tout bascule, la dernière page. Ce sont les trois passages qu'un sujet demandera presque toujours.
Relever six à huit citations, avec la page — pas cinquante. Un carnet trop plein ne se relit pas, et l'on n'a besoin que de quelques formules sûres.
Écrire deux lignes après chaque partie : ce que le personnage a compris, ce qu'il ignore encore.c'est cet écart, accumulé, qui donnera la matière d'une dissertation.
Noter deux questions sans réponse. Ce sont elles qui font les meilleures problématiques, et les meilleures réponses d'entretien.
Quatre entrées, et pas un résumé.
Les parcours du théâtre tournent presque tous autour d'une même question : à quoi sert la représentation ? Trois réponses coexistent depuis l'Antiquité. La catharsis — éprouver terreur et pitié devant un malheur qui n'est pas le sien. Le plaisir esthétique — la beauté du vers, la virtuosité d'un comédien. La critique sociale — montrer une société sur scène, c'est la donner à juger, et c'est pourquoi le théâtre a toujours été surveillé : Tartuffe fut interdit cinq ans.
Définition
libertinage — Un mot de parcours se lit toujours dans le sens qu'il avait à l'époque de l'œuvre, jamais dans le sens d'aujourd'hui — et libertinage est le cas d'école. Au XVIIe siècle, un libertin est d'abord un libre-penseur : il refuse de croire sans preuve, doute des miracles, tient la religion pour une affaire d'hommes. Le libertinage de mœurs — la séduction, le défi lancé aux serments — n'en est que la conséquence visible. Dom Juan séduit, certes ; mais ce qui scandalise en 1665, c'est qu'il compte sur ses doigts : « Je crois que deux et deux sont quatre. » Réduire le parcours à une histoire de conquêtes, c'est manquer ce que la pièce a fait interdire.
4Les deux exercices attendus sur l'œuvre
L'explication linéaire d'une scène capitale
Situer en deux phrases : où la scène tombe dans la pièce, et ce qui vient de se produire. Rien de plus — le résumé n'est pas l'exercice.
Lire à voix haute, vraiment. À l'oral de l'EAF, la lecture expressive est notée ; en classe, elle vous fait entendre les ruptures que l'œil saute.
Découper en mouvements : deux, trois, rarement quatre. Un mouvement se justifie par un fait de texte — un changement d'interlocuteur, de temps verbal, de rythme, une didascalie — et non par le nombre de lignes.
Annoncer un projet de lecture : la question à laquelle l'explication va répondre. C'est elle qui distingue une explication d'une paraphrase ordonnée.
Suivre le texte dans son ordre, mouvement par mouvement, en citant court et en nommant le procédé avant de dire son effet. L'ordre du texte est la seule contrainte de l'exercice, et sa difficulté.
Conclure sur la scène, pas sur la pièce : ce que ce passage précis fait avancer, et ce qu'il éclaire du parcours.
Règle
La dissertation sur une pièce demande de défendre ou de discuter une thèse portant sur l'œuvre et sur son parcours. Trois plans seulement, et le sujet dicte lequel. Si la thèse est juste mais incomplète, on l'enrichit — oui, et plus encore. Si elle est vraie sous condition, on la discute — oui, mais pas partout. Si elle oppose deux termes, on dépasse l'opposition en montrant que le second est la condition du premier. Le plan « oui / non / peut-être » n'existe pas : la troisième partie doit apporter une idée neuve, sans quoi elle annule les deux premières.
Un titre de parcours est presque toujours une tension, souvent un couple de mots reliés par « et » : « Spectacle et comédie », « Libertinage et morale », « Crise personnelle, crise familiale ». Ce « et » n'additionne pas, il frotte — et c'est là que se trouvent les sujets. Demandez-vous ce que le premier terme empêche le second de faire, et vous tenez la problématique de la moitié des dissertations possibles sur votre œuvre.
Règle
Trois genres se partagent le théâtre, et le sujet attend qu'on les distingue. La tragédie met en scène des personnages de haut rang pris dans un destin qu'ils ne peuvent pas fuir ; elle finit mal, et sa fin était annoncée. La comédie prend des personnages ordinaires, corrige les mœurs en faisant rire — castigat ridendo mores — et se termine par un mariage ou un pardon. Le drame, né avec le romantisme, mêle les deux délibérément : Hugo réclame en 1827 le droit d'associer le sublime et le grotesque dans une même pièce, contre la séparation des genres. Sous ces trois-là courent des registres — pathétique, comique, tragique, épique — qui peuvent traverser n'importe quel genre : une comédie a le droit d'avoir une scène pathétique, et c'est souvent là qu'elle devient intéressante.
Le théâtre classique du XVIIe siècle obéit à des règles qu'il faut connaître pour voir quand une pièce s'en écarte. Les trois unités : une seule action, en un seul lieu, en un seul jour. La vraisemblance : le spectateur doit pouvoir y croire, ce qui exclut le merveilleux et les invraisemblances de temps. La bienséance : ni sang ni mort sur scène, d'où les récits de messagers. Ces règles ne sont pas des curiosités d'érudition — elles expliquent la construction des pièces. Et lorsqu'une œuvre les enfreint, comme Dom Juan qui change de décor à chaque acte et termine par un châtiment surnaturel, l'infraction est le sujet même de la pièce.
▢Ai-je situé la scène dans la pièce — exposition, nœud, dénouement ?
▢Ai-je exploité la double énonciation : ce que le public sait et qu'un personnage ignore ?
▢Ai-je regardé la distribution de la parole : tirades, stichomythies, silences ?
▢Mon devoir évoque-t-il la représentation au moins une fois par partie ?
▢Ai-je lu les didascalies, y compris celles qui semblent techniques ?
▢Puis-je proposer deux mises en scène opposées d'un passage clé ?
L'essentiel en 7 points
·Double énonciation : toute parole va au personnage et au public. Tout en découle.
·Didascalies : elles s'exécutent, elles ne se disent pas — et un objet nommé sert toujours.
·Une scène se situe d'abord : exposition, nœud, dénouement.
·Tirade = rapport de force · stichomythie = affrontement.
·Un texte de théâtre est une partition : proposer deux mises en scène le prouve.
b.Une pièce du XXe siècle consacre une page entière aux didascalies d'ouverture. Que peut-on en déduire ?
c.Pourquoi ne faut-il jamais sauter les didascalies à la lecture ?
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a. Elle ferme une possibilité de jeu : la scène ne pourra pas être jouée avec chaleur sans contredire l'auteur.
Une didascalie de ton est donc un choix fort : l'auteur y reprend au metteur en scène une part de sa liberté.
b. Que le corps et l'espace y disent ce que le langage ne dit plus — c'est un trait du théâtre contemporain.
Chez les classiques, tout passe par le vers ; au XXe siècle, le silence et le décor deviennent des moyens à part entière.
c. Parce qu'un accessoire mentionné une seule fois est presque toujours le ressort de l'intrigue.
Une cassette, un mouchoir, une lettre : les objets de théâtre ne sont jamais décoratifs.
4
Ce que le public sait
Analyser
a.Un personnage caché entend son épouse comploter. Quel ressort, et pour qui fonctionne-t-il ?
b.Un héros affirme qu'il échappera à son destin, alors que le spectateur connaît l'issue. Quel ressort ?
c.Qu'ont ces deux situations en commun ?
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a. Comique de situation : le public voit la cachette, les comploteurs non.
Le rire naît de l'écart entre ce que le public sait et ce que les personnages croient.
b.Ironie tragique : le public voit venir ce que le héros ne voit pas.
L'effet est inverse — l'effroi au lieu du rire — mais le mécanisme est identique.
c. Les deux reposent sur la double énonciation : un savoir partagé entre l'auteur et le public, dont les personnages sont exclus.
C'est pourquoi cette notion vaut d'être maîtrisée : elle explique aussi bien le rire que la terreur.
5
Fonctions du théâtre
Raisonner
a.Nommer les trois fonctions traditionnellement reconnues au théâtre.
b.Pourquoi peuvent-elles se gêner mutuellement ?
c.Laquelle domine dans la pièce que vous étudiez ? Justifier.
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a. La catharsis, le plaisir esthétique, la critique sociale.
b. Le plaisir esthétique peut désamorcer la critique : on admire les vers et l'on oublie ce qu'ils disent.
À l'inverse, une pièce qui ne cherche que la critique cesse d'être du théâtre pour devenir un tract.
c. La réponse dépend de la pièce, et elle doit s'appuyer sur des faits : une scène, un ressort, un accueil historique.
Une réponse forte reconnaît que les trois cohabitent, et hiérarchise plutôt que d'exclure.
Molière est ici l'exemple le plus net : il fait rire un roi de gens que ce roi protège.
6
Du texte à la scène
Écrire
a.Rédiger en huit lignes une note d'intention de mise en scène pour une scène de la pièce étudiée : décor, costumes, jeu.
b.Justifier chaque choix par un élément du texte.
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
Ce qui s'évalue n'est pas l'imagination mais la justification.
Le décor : chaque élément doit répondre à une indication ou à une contrainte du texte — un lieu clos, une porte, une fenêtre nommée.
Les costumes : une époque choisie est un parti pris interprétatif. Transposer une pièce classique aujourd'hui doit se justifier par ce que cela révèle.
Le jeu : préciser le débit, le volume, la distance entre les corps. Ce sont les paramètres qui portent le sens.
b. Chaque choix doit citer le texte : « puisque la réplique dit approchez, la distance initiale doit être grande ».
Une note d'intention sans référence au texte est une rêverie ; avec, c'est une lecture.
C'est exactement ce que l'entretien de l'oral peut demander — et l'un des exercices les mieux notés quand il est solidement fondé.
Ce qui rapporte des points, ce qui en coûte
Situer la scène et nommer sa fonction dans la pièce3 ptsPerdu si : Analyser une exposition comme un dénouement
Exploiter la double énonciation4 ptsPerdu si : Traiter la scène comme un dialogue de roman
Évoquer la représentation, avec des choix de jeu justifiés5 ptsPerdu si : « Cette scène est comique »
Mobiliser l'œuvre et le parcours4 ptsPerdu si : Un devoir qui ignore les textes complémentaires
Citations exactes et langue correcte4 ptsPerdu si : Une réplique citée de mémoire
4
La méthode
Faire entrer la représentation dans un devoir
1
Situer la scène dans la pièce : exposition, nœud ou dénouement.
2
Relever une didascalie et dire ce qu'elle impose au plateau.
Une didascalie s'exécute, elle ne se dit pas — et un objet nommé finit toujours par servir.
3
Proposer deux mises en scène possibles pour une même réplique.
4
Dire ce que chacune produit, et laquelle sert la lecture défendue dans le devoir.
5
Se tester
Touches 1 à 4
FrançaisPremière
Question 1
Loris prépare une frise chronologique sur Molière et doit indiquer la date de la première représentation de Dom Juan ou le Festin de pierre. Quelle année doit-il retenir ?
Aucun compte requis — réponds, la correction s'affiche aussitôt.
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Ce chapitre est au programme de Français au lycée, en classe de Première, année du Bac de français. Il est défini par le Bulletin Officiel de l'Éducation nationale, le texte de référence qui fixe ce qui doit être enseigné dans chaque matière.
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