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Justice, politique et droit

Programme en vigueur — arrêtés du 19 juillet 2019, applicable en Terminale depuis la rentrée 2020. Voir le texte

Justice : légale vs morale. Rawls (voile d'ignorance, égalité équitable). État : contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau). Légitimité du pouvoir. Droit naturel et droit positif. Résistance à l'oppression.

La règle d'or

Ce qui est légal n'est pas toujours juste : le droit positif énonce ce qui est en vigueur, la justice demande au nom de quoi cela devrait l'être.

L'erreur que tout le monde fait

Traiter « juste » et « conforme à la loi » comme équivalents dans une copie sur la justice.

Si le juste se confondait avec le légal, aucune loi ne pourrait être critiquée ni réformée, et toute résistance à une loi injuste serait sans objet — ce que l'histoire dément. Maintenir l'écart entre les deux est ce qui permet de poser la question de la légitimité du pouvoir, qui est le cœur du chapitre.

Devant un exemple, se demander séparément ce que dit la loi et ce qui justifierait qu'elle dise cela.

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Notions à maîtriser

  • justice
  • Rawls
  • contrat social
  • Hobbes
  • Locke
  • Rousseau
  • légitimité
  • droit naturel
1

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Fiche de révision

Justice, politique et droit : les clés pour comprendre

Justice, politique et droit 1. Définitions fondamentales - Justice : Idéal moral et institutionnel visant l'équité et le respect des droits. Elle peut être distributive (répart

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« C'est la loi. » La phrase clôt bien des discussions sans jamais répondre à celle qui était posée. Une loi dit ce qui est en vigueur ; elle ne dit pas au nom de quoi elle devrait l'être. L'esclavage a été légal, le suffrage censitaire aussi. Tenir l'écart entre le légal et le juste n'est pas un exercice d'école : c'est ce qui rend possible de critiquer une loi, donc de la changer.

1Le juste, le légal et le légitime

Règle

Ce qui est légal n'est pas toujours juste. Le droit positif énonce ce qui est en vigueur ici et maintenant ; la justice demande au nom de quoi cela devrait l'être. Confondre les deux rendrait toute critique d'une loi inintelligible : il n'y aurait plus rien à objecter à une loi injuste, sinon qu'elle est la loi. C'est cet écart qui ouvre la question de la légitimité du pouvoir.

Définition

Droit positif et droit naturel — Le droit positif est l'ensemble des règles effectivement posées par une autorité, à une époque et sur un territoire : il se constate. Le droit naturel désigne des exigences tenues pour valables indépendamment de toute loi écrite — par exemple qu'on ne doive pas être puni pour un acte qui n'était pas interdit au moment où on l'a commis. Le premier s'observe, le second se discute : sa difficulté est que ceux qui l'invoquent n'en donnent pas la même liste.

Définition

Légitimité — La légitimité est ce qui fait qu'un pouvoir est reconnu comme en droit de commander, et non seulement capable de contraindre. Un pouvoir légal respecte ses propres règles ; un pouvoir légitime peut dire pourquoi ces règles obligent. Les deux se séparent dans les faits : un gouvernement peut observer toutes les formes et n'être plus reconnu par ceux qu'il gouverne.

Piège

Traiter « juste » et « conforme à la loi » comme équivalents dans une copie sur la justice.

Pourquoi — Si le juste se confondait avec le légal, aucune loi ne pourrait être critiquée ni réformée, et toute résistance à une loi injuste serait sans objet — ce que l'histoire dément. Maintenir l'écart entre les deux est ce qui permet de poser la question de la légitimité du pouvoir, c'est-à-dire le cœur même du chapitre.

Le réflexe — Devant un exemple, se demander séparément ce que dit la loi et ce qui justifierait qu'elle le dise.

2Les théories du contrat social

Propriété

Hobbes part d'un état de nature où chacun a droit à tout et où la crainte de la mort violente rend la vie invivable. Le contrat social y est l'abandon de ce droit à un souverain unique, en échange de la sécurité. Ce qui est premier, ici, c'est la paix : le souverain n'est pas partie au contrat, et l'obligation d'obéir ne cesse que s'il cesse de protéger.

Propriété

Locke part au contraire d'un état de nature déjà réglé par une loi naturelle, où chacun possède sa vie, sa liberté et ses biens ; l'État est institué pour les garantir, et il se défait s'il les viole — d'où un droit de résistance à l'oppression. Rousseau refuse les deux modèles : aliéner sa liberté serait se contredire soi-même, aussi le contrat ne transfère-t-il rien à un tiers. Chacun s'associe à tous et n'obéit qu'à la volonté générale, c'est-à-dire à une loi dont il est coauteur.

Les trois auteurs emploient le même mot sans décrire le même acte : l'état de nature n'est pas chez eux le même point de départ, et l'État qui en sort n'a ni les mêmes pouvoirs ni les mêmes limites. Aucun ne soutient d'ailleurs que ce contrat ait eu lieu : c'est une hypothèse, qui sert à mesurer ce qu'un pouvoir peut légitimement exiger. On lui a objecté que les contractants qu'on y imagine ont longtemps exclu, dans les faits, les femmes et les populations colonisées — objection qui vise l'usage restreint qu'on en a fait plus que l'outil lui-même.

3La justice comme équité

Définition

Voile d'ignorance — Rawls demande quelles règles on choisirait pour une société sans savoir quelle place on y occupera : ni sa fortune, ni ses talents, ni son sexe, ni son époque. Ce voile d'ignorance ne décrit rien de réel ; c'est un test d'impartialité, qui interdit de tailler les règles à la mesure de sa propre situation. Rawls en tire deux principes ordonnés : d'abord des libertés de base égales pour tous ; ensuite des inégalités admissibles seulement si elles profitent aux plus défavorisés.

Le dispositif est contesté, et sur des points distincts. On lui reproche de supposer des individus prudents, peu enclins au risque, ce qui n'est pas une hypothèse neutre. Nozick objecte qu'une répartition est juste selon la manière dont chacun a acquis ce qu'il détient, non selon la forme du résultat. Sen déplace la question vers les capacités réelles d'agir, plutôt que vers la distribution de biens. Le débat n'est pas tranché ; ce qu'une copie doit en retenir, c'est qu'« égalité » n'y désigne pas la même chose d'un auteur à l'autre.

Traiter un sujet sur la justice ou l'État

  1. Distinguer les sens du mot en jeu : la justice comme institution, comme vertu, comme égalité.
  2. Repérer le conflit de valeurs que le sujet contient, par exemple la liberté contre l'égalité.
  3. Mobiliser une théorie du contrat social et dire ce qu'elle justifie exactement.Hobbes, Locke et Rousseau ne partent pas du même état de nature et n'aboutissent pas au même État.
  4. Confronter cette théorie à un cas où elle donne un résultat contestable.
  5. Conclure sur ce que le sujet permet d'établir, en assumant ce qui reste discutable.
  • ▢Ai-je distingué le légal, le juste et le légitime ?
  • ▢Ai-je dit ce qu'est le droit positif et ce qu'on appelle droit naturel ?
  • ▢Ai-je exposé le contrat de Hobbes sans le confondre avec celui de Locke ?
  • ▢Ai-je énoncé ce que Rousseau refuse dans les deux autres modèles ?
  • ▢Ai-je présenté le voile d'ignorance comme un test, non comme une description ?
  • ▢Ai-je nommé au moins une objection adressée à Rawls ?

L'essentiel en 11 points

  • ·Légal = en vigueur ; juste = ce qui devrait l'être.
  • ·Droit positif : posé par une autorité, il se constate.
  • ·Droit naturel : exigences tenues pour valables sans loi écrite.
  • ·Légitimité : être en droit de commander, non seulement capable de contraindre.
  • ·Hobbes : état de nature invivable → souverain, pour la paix.
  • ·Le souverain de Hobbes n'est pas partie au contrat.
  • ·Locke : l'État garantit des droits préexistants → résistance légitime.
  • ·Rousseau : nul transfert de liberté, obéir à la volonté générale.
  • ·Le contrat social est une hypothèse, pas un événement daté.
  • ·Rawls : le voile d'ignorance est un test d'impartialité.
  • ·Rawls : libertés de base égales, puis inégalités au profit des plus défavorisés.
2

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Au sommaire du cours

  1. 1. Le juste, le légal et le légitime
  2. 2. Les théories du contrat social
  3. 3. La justice comme équité

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3

Exercices corrigés

1

Notions. Répondre en une phrase précise.

Connaître
  1. a.Différencier le droit positif et le droit naturel.
  2. b.Qu'ajoute la légitimité à la légalité ?
  3. c.Que vise le contrat social chez Hobbes ?
  4. d.Qu'est-ce que la volonté générale chez Rousseau ?
  5. e.En quoi consiste le voile d'ignorance de Rawls ?
›Voir le corrigé
  1. a. Le droit positif est l'ensemble des règles posées par une autorité, qui se constatent. Le droit naturel désigne des exigences tenues pour valables sans loi écrite, et qui se discutent.
  2. b. La légalité dit qu'un pouvoir respecte ses propres règles ; la légitimité dit au nom de quoi ces règles obligent. Un pouvoir peut être légal sans être reconnu.
  3. c. La paix et la sécurité : sortir d'un état de nature où la crainte de la mort violente rend la vie invivable, en abandonnant son droit à tout.
  4. d. La volonté qui porte sur l'intérêt commun et à laquelle chacun obéit en tant qu'il en est coauteur : obéir à la loi n'est alors pas se soumettre à un autre.
  5. e. Choisir les règles d'une société sans savoir quelle place on y occupera. C'est un test d'impartialité, non une description d'une situation réelle.
2

« C'est la loi. » Analyser cette réponse.

Analyser
  1. a.Quelle est sa part de vérité ?
  2. b.À quelle question ne répond-elle pas ?
  3. c.Donner un cas historique où le légal n'était pas le juste.
  4. d.Que deviendrait la critique des lois si les deux se confondaient ?
  5. e.Une loi injuste oblige-t-elle ? Poser le problème sans le trancher.
›Voir le corrigé
  1. a. Elle rappelle une contrainte réelle : la loi s'applique indépendamment de l'accord de chacun, et une société où chacun n'obéirait qu'aux lois qu'il approuve ne tiendrait pas.
  2. b. À celle de la justification : elle dit ce qui est en vigueur, non au nom de quoi cela l'est. Elle constate, elle ne légitime pas.
  3. c. L'esclavage, longtemps inscrit dans le droit positif ; ou le suffrage censitaire, qui réservait le vote aux plus fortunés. Légaux l'un et l'autre, et contestés comme injustes.
  4. d. Elle deviendrait impossible : critiquer une loi reviendrait à dire qu'elle n'est pas la loi, ce qui est faux. Aucune réforme ne pourrait plus être justifiée, seulement imposée.
  5. e. Deux exigences s'opposent. Sans obéissance générale, le droit ne protège plus personne ; mais faire de la légalité le dernier mot revient à interdire par principe la résistance à l'oppression, que Locke tient au contraire pour légitime. Une copie doit exposer les deux, non choisir d'emblée.
3

Trois contrats, trois États. Comparer.

Raisonner
  1. a.Comparer les états de nature de Hobbes et de Locke.
  2. b.Pourquoi le souverain de Hobbes n'est-il pas partie au contrat ?
  3. c.D'où Locke tire-t-il un droit de résistance ?
  4. d.Que refuse Rousseau dans les deux modèles précédents ?
  5. e.Le contrat social décrit-il un événement ? À quoi sert-il alors ?
›Voir le corrigé
  1. a. Chez Hobbes, l'état de nature est celui du droit de chacun à tout et de la crainte de la mort violente. Chez Locke, il est déjà réglé par une loi naturelle : on y possède sa vie, sa liberté et ses biens. Le point de départ commande la suite.
  2. b. Parce que le contrat se fait entre les sujets, qui renoncent ensemble à leur droit au profit d'un tiers. N'étant pas engagé, le souverain ne peut manquer à sa parole ; l'obligation d'obéir ne cesse que s'il cesse de protéger.
  3. c. Du fait que l'État est institué pour garantir des droits qui lui préexistent. S'il les viole, il manque à sa fonction même : la résistance ne détruit pas le contrat, elle constate qu'il a été rompu.
  4. d. Le transfert de la liberté. Aliéner sa liberté serait pour lui se contredire : rien n'est donné à un tiers. Chacun s'associe à tous et n'obéit qu'à la volonté générale, donc à une loi dont il est coauteur.
  5. e. Non : aucun des trois ne prétend qu'il ait eu lieu. C'est une hypothèse qui sert d'instrument de mesure — elle permet de demander ce qu'un pouvoir peut légitimement exiger de ceux qui y consentiraient.
4

La justice comme équité. Argumenter.

Argumenter
  1. a.Pourquoi ignorer sa place rend-il le choix plus impartial ?
  2. b.Énoncer les deux principes de Rawls dans leur ordre.
  3. c.Rawls interdit-il toute inégalité ? Préciser.
  4. d.Exposer l'objection de Nozick, puis celle de Sen.
  5. e.Quel plan proposeriez-vous sur « Une loi peut-elle être injuste ? »
›Voir le corrigé
  1. a. Parce qu'on ne peut plus tailler les règles à la mesure de sa propre situation : ne sachant pas si l'on sera favorisé, on n'a pas intérêt à autoriser ce qu'on ne supporterait pas de subir.
  2. b. D'abord des libertés de base égales pour tous ; ensuite seulement, des inégalités admissibles si elles profitent aux plus défavorisés. L'ordre compte : le second ne peut pas racheter une atteinte au premier.
  3. c. Non. Il conditionne leur admissibilité : une inégalité est acceptable si elle améliore la situation de ceux qui sont le plus mal lotis. Ce n'est pas l'égalité stricte des résultats.
  4. d. Nozick : la justice d'une répartition dépend de la façon dont chacun a acquis ce qu'il détient, pas de la forme du résultat. Sen : ce qui compte n'est pas la distribution des biens mais les capacités réelles d'en faire quelque chose, qui diffèrent d'une personne à l'autre.
  5. e. I. Ce qui est légal semble juste, puisque la loi est la référence commune. II. Mais des lois tenues pour légales ont été jugées injustes, ce qui suppose un critère extérieur au droit en vigueur. III. Reste à dire lequel : droit naturel, volonté générale, équité rawlsienne — et à assumer que le choix engage une conception de l'égalité.

Ce qui rapporte des points, ce qui en coûte

  • Distinguer légal, juste et légitime4 ptsPerdu si : Employer les trois mots l'un pour l'autre
  • Exposer un contrat social avec son état de nature5 ptsPerdu si : Attribuer à un auteur la thèse d'un autre
  • Présenter le voile d'ignorance comme un test4 ptsPerdu si : En faire la description d'une situation réelle
  • Énoncer les deux principes de Rawls dans l'ordre4 ptsPerdu si : Inverser l'ordre ou n'en citer qu'un
  • Mentionner une objection et ne pas trancher trop vite3 ptsPerdu si : Conclure sans avoir examiné d'autre position
4

La méthode

Traiter un sujet sur la justice ou l'État

  1. 1

    Distinguer les sens du mot en jeu : justice comme institution, comme vertu, comme égalité.

  2. 2

    Repérer le conflit de valeurs contenu dans le sujet, par exemple liberté contre égalité.

  3. 3

    Mobiliser une théorie du contrat et dire ce qu'elle justifie exactement.

    Les théories du contrat ne partent pas du même état de nature et n'aboutissent pas au même État.

  4. 4

    Confronter cette théorie à un cas où elle donne un résultat contestable.

  5. 5

    Conclure sur ce que le sujet permet d'établir, en assumant ce qui reste discutable.

5

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PhilosophieTerminale
Question 1
Quel philosophe défend l'idée que la résistance à l'oppression est un droit naturel, et que les hommes naissent libres et égaux en droits, mais que les gouvernements peuvent devenir tyranniques ?

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Questions fréquentes

Justice, politique et droit : c'est en quelle classe ?

Ce chapitre est au programme de Philosophie au lycée, en classe de Terminale, année du Baccalauréat. Il est défini par le Bulletin Officiel de l'Éducation nationale, le texte de référence qui fixe ce qui doit être enseigné dans chaque matière.

Que faut-il savoir sur Justice, politique et droit ?

Justice : légale vs morale. Rawls (voile d'ignorance, égalité équitable). État : contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau). Légitimité du pouvoir. Droit naturel et droit positif. Résistance à l'oppression. Les notions à maîtriser sont : justice, Rawls, contrat social, Hobbes, Locke, Rousseau.

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Le corrigé de Justice, politique et droit est-il fourni ?

Oui, et c'est un document à part : chaque exercice y est repris étape par étape, avec le barème détaillé en fin de fiche — ce qui est attendu, combien de points, et ce qui fait perdre le point. Un parent qui ne se souvient plus du programme peut corriger une copie avec.

Justice, politique et droit peut-il tomber au Baccalauréat ?

Ce chapitre fait partie du programme officiel de Terminale, il entre donc dans le périmètre du Baccalauréat. Le sujet exact varie chaque année et aucun chapitre n'est garanti, mais l'ensemble du programme de l'année est susceptible d'être évalué : mieux vaut ne pas parier sur des impasses.

Comment réviser Justice, politique et droit efficacement ?

Commence par lire la fiche de révision pour remettre la règle en place, puis enchaîne immédiatement sur le quiz de cette page. Répondre juste après avoir lu ne suffit pas : reviens sur le chapitre deux ou trois jours plus tard. C'est l'espacement des révisions, plus que leur durée, qui fait tenir une notion en mémoire. Une session de quinze minutes répétée vaut mieux qu'une heure unique.

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