Programme en vigueur — arrêtés du 19 juillet 2019, applicable en Terminale depuis la rentrée 2020. Voir le texte
Vérité : correspondance, cohérence, pragmatisme. Raison et intuition. Méthode scientifique (Descartes, Popper : falsifiabilité). Science et technique : progrès ou danger ? Thèse de Bachelard (obstacle épistémologique).
La règle d'or
Une théorie scientifique ne se prouve pas : elle s'expose à des expériences qui pourraient la démentir, et c'est d'y résister qu'elle tire sa valeur.
L'erreur que tout le monde fait
Écrire qu'une théorie est scientifique parce que de nombreuses observations la confirment.
N'importe quel discours trouve des confirmations dès lors qu'on les cherche, et c'est justement ce que fait un discours qui explique tout. Ce qui distingue une théorie scientifique est qu'elle interdit quelque chose : elle énonce ce qui, s'il était observé, la ferait tomber. L'accumulation d'exemples favorables ne remplace jamais ce risque assumé.
Demander à toute théorie quelle observation la réfuterait : si aucune ne peut le faire, ce n'est pas une théorie scientifique.
Accumuler des observations favorables ne rend pas une théorie scientifique : une croyance quelconque trouve toujours des faits qui la confirment, à condition de les chercher. Ce qui distingue une théorie, c'est qu'elle prend le risque d'être démentie. Renverser ainsi le critère est le geste central du chapitre.
1Ce qu'on appelle vérité
Propriété
Trois conceptions de la vérité se distinguent. La correspondance : est vrai un énoncé qui s'accorde avec ce qui est. La cohérence : est vrai un énoncé compatible avec l'ensemble des autres énoncés admis. Le pragmatisme : est vrai ce qui se révèle fécond dans l'action et la prévision. Ces conceptions ne se recouvrent pas, et beaucoup de désaccords sur ce qui est « vrai » sont en réalité des désaccords sur le critère employé.
Distinguer aussi la vérité et la certitude. La vérité est une propriété d'un énoncé — il dit ou non ce qui est. La certitude est un état du sujet — je ne doute pas. Les deux peuvent diverger dans les deux sens : on peut être certain d'une chose fausse, et douter d'une chose vraie. Confondre les deux fait prendre la force d'une conviction pour un argument.
2La raison et ses obstacles
Propriété
La raison est la faculté d'enchaîner des propositions selon des règles et de les soumettre à examen. Descartes en tire une méthode scientifique : douter de tout ce qui peut l'être, décomposer les difficultés, aller du plus simple au plus complexe, et dénombrer pour ne rien omettre. Le doute n'y est pas une position mais un instrument — un moyen d'atteindre ce qui y résiste.
Définition
Obstacle épistémologique — Bachelard soutient que la connaissance ne se construit pas sur du vide mais contre des connaissances antérieures : opinions, images, évidences premières font obstacle. L'obstacle épistémologique n'est donc pas l'ignorance mais un savoir déjà là, commode et satisfaisant, qu'il faut défaire. D'où sa formule d'esprit : l'opinion ne pense pas mal, elle ne pense pas — elle traduit des besoins en connaissances.
3Le critère de scientificité
Règle
Une théorie scientifique ne se prouve pas définitivement : elle s'expose à des expériences qui pourraient la démentir, et c'est d'y résister qu'elle tire sa valeur. C'est la falsifiabilité selon Popper : est scientifique une théorie qui interdit quelque chose, donc qui dit ce qui, s'il était observé, la réfuterait. Une théorie compatible avec tout ce qui peut arriver ne prend aucun risque — et n'apprend donc rien.
Écrire qu'une théorie est scientifique parce que de nombreuses observations la confirment.
Pourquoi — Les confirmations sont faciles à obtenir : qui cherche des faits favorables à une thèse en trouve, quelle que soit la thèse. Elles ne comptent que si elles résultent d'une tentative sérieuse de réfutation — d'une expérience qui aurait pu mal tourner. Une théorie qui explique aussi bien un fait que son contraire paraît très puissante et ne dit rien : elle a renoncé à interdire quoi que ce soit.
Le réflexe — Demander : qu'est-ce qui, s'il était observé, réfuterait cette théorie ?
Ce critère ne dit pas qu'une théorie réfutée était sans valeur, ni qu'une théorie non scientifique est fausse ou méprisable : il délimite un domaine, celui des énoncés qu'une expérience peut trancher. Beaucoup d'énoncés importants — moraux, esthétiques, métaphysiques — n'y entrent pas, ce qui ne les prive ni de sens ni de justification. Employer la falsifiabilité comme un verdict de valeur est un usage abusif du critère.
4Science, technique et responsabilité
Propriété
La question du progrès demande de distinguer deux choses. Le progrès des connaissances et des capacités techniques est constatable : on sait et on peut ce qu'on ne savait ni ne pouvait. Le progrès des conditions d'existence ne s'en déduit pas : il dépend de l'usage fait de ces capacités, donc de décisions qui ne relèvent pas de la science. Traiter les deux comme un seul mouvement dispense de poser la question qui compte — qui décide de l'usage.
Expliquer un texte philosophique
Repérer la thèse de l'auteur : ce qu'il soutient, formulable en une phrase avec ses propres mots.
Identifier le problème auquel il répond, et contre quelle position il écrit.
Suivre le mouvement du texte : où l'argument progresse-t-il, où concède-t-il ?Un texte contient souvent la thèse adverse, exposée avant d'être réfutée.
Élucider les termes que l'auteur emploie dans un sens propre, en le montrant par le texte.
Discuter en dernier lieu, à partir de ce que le texte établit — jamais en substituant son opinion à l'explication.
▢Ai-je dit quelle conception de la vérité j'emploie ?
▢Ai-je distingué la vérité et la certitude ?
▢Ai-je présenté le doute cartésien comme un instrument ?
▢Ai-je défini l'obstacle épistémologique comme un savoir déjà là ?
▢Ai-je posé la question : qu'est-ce qui réfuterait cette théorie ?
▢Ai-je évité d'employer la falsifiabilité comme un verdict de valeur ?
L'essentiel en 11 points
·Trois conceptions de la vérité : correspondance, cohérence, pragmatisme.
·La vérité qualifie un énoncé ; la certitude est un état du sujet.
·Le doute cartésien est un instrument, non une position.
·Méthode scientifique : douter, décomposer, ordonner du simple au complexe, dénombrer.
·Bachelard : l'obstacle épistémologique est un savoir déjà là, non l'ignorance.
·L'opinion traduit des besoins en connaissances : elle ne pense pas.
·Popper : est scientifique ce qui est réfutable, non ce qui est confirmé.
·Une théorie compatible avec tout n'interdit rien et n'apprend rien.
·Une confirmation compte si elle résulte d'une tentative de réfutation.
·La falsifiabilitédélimite un domaine : ce n'est pas un verdict de valeur.
·Progrès des capacités ≠ progrès des conditions d'existence.
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Fiche PDF — Vérité, raison et science
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d.Qu'est-ce qu'un obstacle épistémologique selon Bachelard ?
e.Énoncer le critère de falsifiabilité.
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a. La correspondance, la cohérence, le pragmatisme.
b. La vérité est une propriété d'un énoncé ; la certitude est un état du sujet. On peut être certain du faux et douter du vrai.
c. Celui d'un instrument : douter de tout ce qui peut l'être pour atteindre ce qui y résiste. Ce n'est pas une position mais une méthode.
d. Un savoir déjà là — opinion, image, évidence première — qui fait obstacle, et contre lequel la connaissance doit se construire.
e. Est scientifique une théorie qui interdit quelque chose, donc qui dit ce qui, s'il était observé, la réfuterait.
2
Une théorie explique aussi bien un phénomène que son contraire. Analyser.
Analyser
a.Cette capacité est-elle une force ou une faiblesse ? Justifier.
b.Que devient l'idée d'observation confirmante ?
c.À quelle condition une confirmation compte-t-elle ?
d.Quelle question poser pour trancher ?
e.Une théorie non falsifiable est-elle pour autant fausse ou sans valeur ?
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. Une faiblesse, au regard du critère scientifique. Elle n'interdit rien : aucune observation ne peut la mettre en défaut, donc aucune ne peut la soutenir sérieusement non plus.
b. Elle perd toute valeur probante. Qui cherche des faits favorables à une thèse en trouve, quelle que soit la thèse : la confirmation est trop facile pour distinguer quoi que ce soit.
c. Quand elle résulte d'une tentative sérieuse de réfutation : d'une expérience qui aurait pu mal tourner pour la théorie, et ne l'a pas fait.
d. Qu'est-ce qui, s'il était observé, réfuterait cette théorie ? Si rien ne vient, elle n'est pas falsifiable.
e. Non. Le critère délimite un domaine — celui des énoncés qu'une expérience peut trancher —, il ne juge pas de la valeur. Des énoncés moraux, esthétiques ou métaphysiques n'y entrent pas sans être pour autant privés de sens ou de justification. En faire un verdict de valeur est un usage abusif.
3
Bachelard et l'opinion. Raisonner.
Raisonner
a.Pourquoi l'obstacle n'est-il pas l'ignorance ?
b.Pourquoi un savoir commode est-il plus difficile à défaire qu'une absence de savoir ?
c.Que signifie que l'opinion ne pense pas ?
d.En quoi cette thèse rejoint-elle la démarche cartésienne ?
e.En quoi s'en distingue-t-elle ?
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. Parce que l'ignorance laisse la place : on peut y installer une connaissance. L'obstacle est un savoir déjà là, qui occupe cette place et donne le sentiment de comprendre.
b. Parce qu'il satisfait : il explique, rassure, et n'appelle aucune question. Rien ne signale qu'il faudrait le remettre en cause, puisqu'il fonctionne — au sens où il apaise, non au sens où il éclaire.
c. Qu'elle traduit des besoins en connaissances : elle répond à une attente plutôt qu'à une question, et se dispense donc de l'examen qui ferait d'elle une pensée.
d. Toutes deux exigent de défaire quelque chose avant de construire : le doute cartésien écarte ce qui peut être mis en doute, l'obstacle épistémologique désigne ce qu'il faut détruire pour connaître.
e. Descartes cherche un fondement indubitable à partir duquel reconstruire ; Bachelard décrit une connaissance qui se rectifie indéfiniment, sans fondement premier. Le premier fait table rase une fois, le second recommence à chaque fois.
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Science, technique et progrès. Argumenter.
Argumenter
a.Quel progrès est constatable ? Lequel ne s'en déduit pas ?
b.Pourquoi le second ne découle-t-il pas du premier ?
c.Quelle question la confusion des deux permet-elle d'éviter ?
d.Une découverte peut-elle être jugée sur ses seules conséquences ?
e.Qui décide de l'usage d'une capacité technique ?
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. Le progrès des connaissances et des capacités techniques est constatable. Le progrès des conditions d'existence ne s'en déduit pas.
b. Parce qu'il dépend de l'usage fait de ces capacités, donc de décisions — politiques, économiques, morales — qui ne relèvent pas de la science elle-même.
c. Qui décide de cet usage, et selon quels critères. Si le progrès technique produisait mécaniquement le progrès humain, il n'y aurait personne à interroger.
d. Difficilement, car ses conséquences dépendent d'usages imprévisibles au moment de la découverte, et souvent décidés par d'autres que le chercheur. Juger la découverte sur eux revient à imputer à l'un ce qui relève de l'autre — sans pour autant exonérer quiconque de s'interroger sur les usages probables.
e. Des acteurs identifiables : pouvoirs publics, entreprises, institutions de recherche, et, indirectement, ceux qui financent. Nommer ces acteurs est ce que la formule « le progrès technique » permet précisément d'éviter.
Ce qui rapporte des points, ce qui en coûte
Distinguer les conceptions de la vérité3 ptsPerdu si : Employer « vrai » sans critère
Distinguer vérité et certitude3 ptsPerdu si : Prendre une conviction pour un argument
Énoncer le critère de falsifiabilité5 ptsPerdu si : Faire de l'accumulation de preuves un critère
Ne pas faire de la falsifiabilité un verdict de valeur4 ptsPerdu si : Disqualifier tout énoncé non scientifique
Définir l'obstacle épistémologique3 ptsPerdu si : L'assimiler à l'ignorance
Distinguer les deux sens du progrès2 ptsPerdu si : Déduire l'un de l'autre
4
La méthode
Expliquer un texte philosophique
1
Dégager la thèse du texte, celle que l'auteur soutient et non celle qu'il rapporte.
2
Repérer les articulations logiques et découper le texte en moments.
3
Expliquer les termes techniques dans le sens que l'auteur leur donne, pas dans le sens courant.
4
Identifier la thèse adverse contre laquelle le texte est écrit.
Un texte philosophique répond à quelqu'un, même quand il ne le nomme pas.
5
Discuter la thèse en cherchant un cas qu'elle explique mal, sans plaquer une opinion personnelle.
5
Se tester
Touches 1 à 4
PhilosophieTerminale
Question 1
Un physiologiste étudie l'impact de l'altitude sur les performances des coureurs de fond. Il formule l'hypothèse suivante : 'À plus de 2 000 mètres, les performances des athlètes diminuent de 10 %.' Quelle condition de la falsifiabilité de Popper cette hypothèse remplit-elle ?
Aucun compte requis — réponds, la correction s'affiche aussitôt.
Vérité, raison et science : c'est en quelle classe ?+
Ce chapitre est au programme de Philosophie au lycée, en classe de Terminale, année du Baccalauréat. Il est défini par le Bulletin Officiel de l'Éducation nationale, le texte de référence qui fixe ce qui doit être enseigné dans chaque matière.
Que faut-il savoir sur Vérité, raison et science ?+
Vérité : correspondance, cohérence, pragmatisme. Raison et intuition. Méthode scientifique (Descartes, Popper : falsifiabilité). Science et technique : progrès ou danger ? Thèse de Bachelard (obstacle épistémologique). Les notions à maîtriser sont : vérité, falsifiabilité, Popper, Descartes, méthode scientifique, Bachelard.
Où télécharger la fiche PDF de Vérité, raison et science ?+
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Le corrigé de Vérité, raison et science est-il fourni ?+
Oui, et c'est un document à part : chaque exercice y est repris étape par étape, avec le barème détaillé en fin de fiche — ce qui est attendu, combien de points, et ce qui fait perdre le point. Un parent qui ne se souvient plus du programme peut corriger une copie avec.
Vérité, raison et science peut-il tomber au Baccalauréat ?+
Ce chapitre fait partie du programme officiel de Terminale, il entre donc dans le périmètre du Baccalauréat. Le sujet exact varie chaque année et aucun chapitre n'est garanti, mais l'ensemble du programme de l'année est susceptible d'être évalué : mieux vaut ne pas parier sur des impasses.
Comment réviser Vérité, raison et science efficacement ?+
Commence par lire la fiche de révision pour remettre la règle en place, puis enchaîne immédiatement sur le quiz de cette page. Répondre juste après avoir lu ne suffit pas : reviens sur le chapitre deux ou trois jours plus tard. C'est l'espacement des révisions, plus que leur durée, qui fait tenir une notion en mémoire. Une session de quinze minutes répétée vaut mieux qu'une heure unique.
Faut-il un compte pour s'entraîner sur Vérité, raison et science ?+
Non. Les quiz, les corrections détaillées et les fiches de révision sont accessibles sans créer de compte et sans donner d'adresse e-mail. Le compte gratuit sert uniquement à conserver la progression d'un appareil à l'autre.