Programme en vigueur — arrêtés du 19 juillet 2019, applicable en Terminale depuis la rentrée 2020. Voir le texte
Bonheur : épicurisme (plaisirs naturels, ataraxie), stoïcisme (maîtrise de soi), utilitarisme (Mill). Liberté : libre arbitre vs déterminisme. Conscience : Descartes (cogito), Freud (inconscient). Liberté et responsabilité morale.
La règle d'or
Être libre n'est pas faire ce qu'on veut : c'est vouloir ce dont on est l'auteur, ce qui suppose d'examiner d'où viennent nos désirs.
L'erreur que tout le monde fait
Poser que le déterminisme supprime la liberté, et traiter la question comme réglée dès la première partie.
Le déterminisme affirme que tout événement a une cause, ce qui n'implique pas qu'aucune de ces causes ne passe par la délibération du sujet. Une position qui distingue contrainte extérieure et détermination intérieure permet de tenir les deux, et c'est cette distinction que le correcteur attend, non le choix hâtif d'un camp.
Avant de trancher, demander ce que chaque thèse rendrait impossible : sans liberté, la responsabilité ; sans causes, la connaissance de soi.
« Être libre, c'est faire ce qu'on veut. » La formule paraît évidente jusqu'à ce qu'on demande d'où vient ce qu'on veut. Si mes désirs me sont imposés — par l'éducation, la publicité, une habitude —, les satisfaire n'est pas s'affranchir : c'est obéir sans le savoir. Toute la difficulté du chapitre tient dans ce déplacement de la question.
1Le bonheur et les désirs
Règle
Le bonheur n'est pas le plaisir : le plaisir est ponctuel et lié à une satisfaction, le bonheur désigne un état durable et global de l'existence. Toute la difficulté vient de là — on peut multiplier les plaisirs sans être heureux, et l'on peut se dire heureux d'une vie qui comporte des peines. Poser la question du bonheur, c'est donc demander non pas ce qui fait plaisir, mais ce qui fait qu'une vie entière vaut d'être vécue.
Propriété
L'épicurisme ne prône pas la jouissance sans limite, contrairement à ce que le mot évoque aujourd'hui. Épicure classe les désirs : naturels et nécessaires — manger, boire, être à l'abri —, naturels mais non nécessaires, et vains — richesse, gloire, désirs sans terme. Seuls les premiers doivent être satisfaits ; les vains produisent un manque que rien ne comble. Le but est l'ataraxie, l'absence de trouble — un état de repos, non d'excitation.
Propriété
Le stoïcisme propose une autre voie : distinguer ce qui dépend de nous — nos jugements, nos désirs, nos actions — de ce qui n'en dépend pas — le corps, la réputation, les événements. Le malheur naît de vouloir gouverner ce qui échappe. Il ne s'agit donc pas d'être indifférent à tout, mais de placer son effort là où il peut porter. L'utilitarisme, bien plus tard, déplace encore la question : est bon ce qui maximise le bien-être du plus grand nombre, Mill ajoutant que les plaisirs diffèrent aussi en qualité.
2La liberté
Règle
Être libre n'est pas faire ce qu'on veut : c'est vouloir ce dont on est l'auteur, ce qui suppose d'examiner d'où viennent nos désirs. Un désir subi et satisfait ne rend pas libre ; il donne le sentiment de la liberté, ce qui n'est pas la même chose. La liberté se pense donc moins comme une absence d'obstacle que comme une maîtrise de ce qui nous détermine — encore faut-il pouvoir la connaître.
Déterminisme — Le déterminisme est la thèse selon laquelle tout événement a des causes qui le produisent nécessairement. Appliqué à l'action humaine, il semble dissoudre le libre arbitre : si mes choix ont des causes, en suis-je l'auteur ? Deux réponses s'opposent. L'incompatibilisme tient les deux thèses pour inconciliables. Le compatibilisme soutient qu'une action est libre quand elle procède de mes propres raisons, même si celles-ci ont elles-mêmes des causes.
Piège
Poser que le déterminisme supprime la liberté, et traiter la question comme réglée dès la première partie.
Pourquoi — C'est transformer un problème en réponse, et la dissertation n'a alors plus rien à examiner. Le déterminisme rend la liberté problématique, il ne la réfute pas : il reste à déterminer ce qu'on appelle libre. Une copie qui tranche d'emblée s'interdit la seule chose attendue d'elle — l'examen des thèses en présence, y compris celle qui rend les deux compatibles.
Le réflexe — Une thèse posée en première partie doit être mise à l'épreuve en deuxième.
3La conscience et ses limites
Propriété
Descartes fonde la certitude sur le cogito : je puis douter de tout, y compris de l'existence du monde, mais non du fait que je pense en doutant — et si je pense, je suis. La conscience devient ainsi le point de départ le plus assuré du savoir, et le sujet paraît transparent à lui-même.
Freud conteste précisément cette transparence : l'hypothèse de l'inconscient suppose que des représentations agissent sur nous sans que nous y ayons accès, et que ce que nous prenons pour nos raisons est parfois une reconstruction après coup. La portée pour la liberté est double et discutée : on peut y voir une limite supplémentaire, ou au contraire la condition d'une liberté réelle — celle qui commence quand on cesse d'ignorer ce qui nous détermine.
Construire un plan de dissertation sur une notion
Analyser les termes du sujet : quel sens exact donne-t-on à chaque mot, et quels autres sens existent ?
Dégager le problème : quelle tension le sujet contient-il, qui empêche d'y répondre d'emblée ?
Formuler une thèse et l'examiner, avec un exemple ou un argument précis.« Être libre, c'est faire ce qu'on veut » est une thèse recevable : il faut l'exposer avant de la discuter.
L'éprouver par une objection sérieuse, en cherchant ce qu'elle ne parvient pas à expliquer.
Dépasser en reformulant la question à la lumière de l'objection, et conclure en répondant au problème posé.
▢Ai-je distingué le bonheur — durable et global — du plaisir ponctuel ?
▢Ai-je présenté l'épicurisme comme une classification des désirs, non comme une jouissance sans limite ?
▢Ai-je exposé le stoïcisme par la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas ?
▢Ai-je évité de régler la question de la liberté dès la première partie ?
▢Ai-je mentionné la position compatibiliste ?
▢Ai-je opposé le cogito et l'hypothèse de l'inconscient ?
L'essentiel en 11 points
·Le bonheur est durable et global ; le plaisir est ponctuel.
·Épicurisme : classer les désirs — nécessaires, non nécessaires, vains.
·Les désirs vains sont sans terme : rien ne les comble.
·But de l'épicurisme : l'ataraxie, un état de repos.
·Stoïcisme : distinguer ce qui dépend de nous de ce qui n'en dépend pas.
·Utilitarisme : maximiser le bien-être ; Mill ajoute la qualité des plaisirs.
·Être libre : vouloir ce dont on est l'auteur, non faire ce qu'on veut.
·Déterminisme : tout a des causes — la liberté devient problématique, non réfutée.
·Incompatibilisme et compatibilisme : deux réponses à examiner.
·Cogito : je ne puis douter de penser. L'inconscient conteste la transparence du sujet.
·Une thèse posée en première partie doit être éprouvée ensuite.
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Fiche PDF — Bonheur, liberté et conscience
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b.Comment Épicure classe-t-il les désirs ? Quel est le but visé ?
c.Quelle distinction fonde la sagesse stoïcienne ?
d.Qu'est-ce que le déterminisme ? Que devient alors le libre arbitre ?
e.Qu'établit le cogito ? Que lui oppose l'hypothèse de l'inconscient ?
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. Le plaisir est ponctuel et lié à une satisfaction ; le bonheur est un état durable et global de l'existence.
b. En désirs naturels et nécessaires, naturels non nécessaires, et vains. Le but est l'ataraxie, l'absence de trouble.
c. La distinction entre ce qui dépend de nous — jugements, désirs, actions — et ce qui n'en dépend pas.
d. La thèse selon laquelle tout événement a des causes qui le produisent nécessairement. Le libre arbitre devient problématique — non réfuté.
e. Le cogito établit que je ne puis douter de penser, donc d'être. L'inconscient conteste la transparence du sujet à lui-même.
2
« Être libre, c'est faire ce qu'on veut. » Analyser cette thèse.
Analyser
a.Quelle est sa part de vérité ?
b.Quelle question laisse-t-elle sans réponse ?
c.Un désir subi et satisfait rend-il libre ? Justifier.
d.Comment reformuler la définition de la liberté ?
e.Pourquoi cette reformulation rend-elle la question plus difficile ?
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. Elle nomme une condition réelle : sans absence d'entrave, il n'y a pas d'action possible. Une liberté purement intérieure ne suffirait pas à décrire ce qu'on entend d'ordinaire par être libre.
b. D'où vient ce qu'on veut ? Elle traite le désir comme une donnée, alors que c'est précisément ce qu'il faut interroger.
c. Non, ou seulement en apparence. Il donne le sentiment de la liberté : on fait ce qu'on veut. Mais si le désir a été formé par l'éducation, l'habitude ou la publicité, on obéit sans le savoir — et le sentiment de liberté est précisément ce qui empêche de s'en apercevoir.
d. Être libre, c'est vouloir ce dont on est l'auteur — ce qui suppose d'examiner l'origine de ses désirs.
e. Parce qu'elle demande un accès à ce qui nous détermine, et que cet accès n'est jamais complet. La liberté cesse d'être un état qu'on constate pour devenir une tâche dont on ne sait pas si elle peut s'achever.
3
Trois doctrines du bonheur. Comparer.
Raisonner
a.Pourquoi l'épicurisme n'est-il pas ce que le mot évoque aujourd'hui ?
b.Pourquoi les désirs vains ne peuvent-ils pas être comblés ?
c.Le stoïcisme prône-t-il l'indifférence à tout ? Nuancer.
d.Qu'ajoute Mill à la question utilitariste ?
e.Ces trois doctrines répondent-elles à la même question ?
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. Parce qu'il ne prône pas la jouissance sans limite mais une classification des désirs, et vise un état de repos — l'ataraxie — et non d'excitation.
b. Parce qu'ils sont sans terme : la richesse ou la gloire n'ont pas de point où l'on puisse dire qu'on en a assez. Le manque se reconstitue à mesure qu'on le comble.
c. Non. Il s'agit de placer son effort là où il peut porter — sur ce qui dépend de nous — et non de cesser de se soucier de quoi que ce soit. L'indifférence porte sur ce qu'on ne peut pas gouverner, non sur ce qu'on peut faire.
d. Que les plaisirs diffèrent aussi en qualité, et non seulement en quantité — ce qui rappelle que maximiser le bien-être n'est pas maximiser la somme des satisfactions.
e. Pas exactement. L'épicurisme et le stoïcisme demandent comment conduire sa propre vie ; l'utilitarisme demande quelle action est bonne, y compris pour d'autres que soi. Les rapprocher sans le dire revient à traiter une question morale et une question de sagesse comme si c'était la même.
4
Le déterminisme et la liberté. Argumenter.
Argumenter
a.Pourquoi le déterminisme rend-il la liberté problématique ?
b.Que soutient l'incompatibilisme ? Le compatibilisme ?
c.Pourquoi trancher dès la première partie est-il une faute de méthode ?
d.L'hypothèse de l'inconscient aggrave-t-elle le problème ou l'éclaire-t-elle ?
e.Quel plan proposeriez-vous sur le sujet « Sommes-nous libres ? »
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. Parce que si mes choix ont des causes qui les produisent nécessairement, il devient difficile de dire que j'en suis l'auteur — or c'est ce que la liberté semble exiger.
b. L'incompatibilisme tient les deux thèses pour inconciliables : si le déterminisme est vrai, la liberté est une illusion. Le compatibilisme soutient qu'une action est libre quand elle procède de mes propres raisons, même si celles-ci ont des causes.
c. Parce que cela transforme un problème en réponse : il n'y a plus rien à examiner. La dissertation attend précisément l'examen des thèses en présence, et une position affirmée d'emblée n'a pas été éprouvée.
d. Les deux, selon la lecture — et c'est pourquoi elle est intéressante. Elle aggrave le problème en retirant au sujet la transparence sur ses propres motifs. Elle peut aussi l'éclairer : la liberté commencerait quand on cesse d'ignorer ce qui nous détermine, ce qui suppose un travail plutôt qu'un état.
e. Par exemple : le sentiment de liberté et ce qu'il recouvre ; l'objection déterministe et ce qu'elle établit réellement ; puis la liberté comme tâche — devenir l'auteur de sa volonté — qui rend compte des deux moments précédents sans annuler ni l'un ni l'autre.
Ce qui rapporte des points, ce qui en coûte
Distinguer bonheur et plaisir3 ptsPerdu si : Les employer l'un pour l'autre
Exposer l'épicurisme sans le caricaturer4 ptsPerdu si : En faire une jouissance sans limite
Reformuler la définition de la liberté5 ptsPerdu si : S'en tenir à « faire ce qu'on veut »
Traiter le déterminisme comme un problème5 ptsPerdu si : Trancher dès la première partie
Opposer cogito et inconscient3 ptsPerdu si : Présenter la conscience comme transparente sans discussion
4
La méthode
Construire un plan de dissertation sur une notion
1
Définir chaque terme du sujet et repérer celui qui fait problème.
2
Dégager le paradoxe : ce que le sens commun répond, et pourquoi cette réponse ne tient pas.
3
Formuler la problématique sous forme de question, sans reprendre l'énoncé tel quel.
Une problématique articule deux réponses possibles, elle n'annonce pas la conclusion.
4
Bâtir trois moments qui répondent successivement, chacun avec un exemple ou un texte.
5
Conclure en répondant à la question posée, sans ouvrir sur un sujet différent.
5
Se tester
Touches 1 à 4
PhilosophieTerminale
Question 1
Lors d’un débat en cours de philosophie, Marc affirme : 'La liberté, c’est faire ce que l’on veut, sans contraintes'. Son professeur lui répond que cette définition est réductrice et que certains philosophes distinguent 'libre arbitre' et 'liberté'. Selon Kant, que signifie le 'libre arbitre' ?
Aucun compte requis — réponds, la correction s'affiche aussitôt.
Bonheur, liberté et conscience : c'est en quelle classe ?+
Ce chapitre est au programme de Philosophie au lycée, en classe de Terminale, année du Baccalauréat. Il est défini par le Bulletin Officiel de l'Éducation nationale, le texte de référence qui fixe ce qui doit être enseigné dans chaque matière.
Que faut-il savoir sur Bonheur, liberté et conscience ?+
Bonheur : épicurisme (plaisirs naturels, ataraxie), stoïcisme (maîtrise de soi), utilitarisme (Mill). Liberté : libre arbitre vs déterminisme. Conscience : Descartes (cogito), Freud (inconscient). Liberté et responsabilité morale. Les notions à maîtriser sont : bonheur, épicurisme, stoïcisme, libre arbitre, déterminisme, cogito.
Où télécharger la fiche PDF de Bonheur, liberté et conscience ?+
Sur cette page, dans le bloc « Imprimer » : 3 documents à télécharger — le cours, les exercices et le corrigé — soit 6 pages au format A4, prêtes à imprimer. Le téléchargement est gratuit, immédiat, et ne demande ni compte ni adresse e-mail.
Le corrigé de Bonheur, liberté et conscience est-il fourni ?+
Oui, et c'est un document à part : chaque exercice y est repris étape par étape, avec le barème détaillé en fin de fiche — ce qui est attendu, combien de points, et ce qui fait perdre le point. Un parent qui ne se souvient plus du programme peut corriger une copie avec.
Bonheur, liberté et conscience peut-il tomber au Baccalauréat ?+
Ce chapitre fait partie du programme officiel de Terminale, il entre donc dans le périmètre du Baccalauréat. Le sujet exact varie chaque année et aucun chapitre n'est garanti, mais l'ensemble du programme de l'année est susceptible d'être évalué : mieux vaut ne pas parier sur des impasses.
Comment réviser Bonheur, liberté et conscience efficacement ?+
Commence par lire la fiche de révision pour remettre la règle en place, puis enchaîne immédiatement sur le quiz de cette page. Répondre juste après avoir lu ne suffit pas : reviens sur le chapitre deux ou trois jours plus tard. C'est l'espacement des révisions, plus que leur durée, qui fait tenir une notion en mémoire. Une session de quinze minutes répétée vaut mieux qu'une heure unique.
Faut-il un compte pour s'entraîner sur Bonheur, liberté et conscience ?+
Non. Les quiz, les corrections détaillées et les fiches de révision sont accessibles sans créer de compte et sans donner d'adresse e-mail. Le compte gratuit sert uniquement à conserver la progression d'un appareil à l'autre.