Programme en vigueur — arrêtés du 19 juillet 2019, applicable en Terminale depuis la rentrée 2020. Voir le texte
Autrui : problème de la conscience d'autrui (solipsisme). Sartre (l'enfer c'est les autres). Société : nature vs culture. Ethnocentrisme et relativisme culturel. Langage : communication et pensée. Wittgenstein.
La règle d'or
Reconnaître qu'une pratique a un sens dans sa culture ne dit encore rien de sa valeur : comprendre et approuver sont deux opérations distinctes.
L'erreur que tout le monde fait
Conclure du relativisme culturel qu'aucun jugement sur une pratique étrangère n'est jamais possible.
Poser que toutes les valeurs se valent est déjà un jugement de valeur, et cette position se contredit dès qu'elle condamne l'ethnocentrisme. La leçon du relativisme est méthodologique : elle interdit de juger avant d'avoir compris, elle n'interdit pas de juger ensuite en énonçant au nom de quoi.
Séparer deux moments dans la copie : décrire le sens de la pratique, puis se demander ce qui autoriserait à la juger.
Je vois un visage, des gestes, j'entends des mots. Je ne vois jamais la douleur d'autrui : seulement ce qui la manifeste. Rien de ce que je perçois ne me donne accès à ce qu'il éprouve, et pourtant je n'ai aucun doute qu'il éprouve quelque chose. C'est cette évidence sans preuve qui fait d'autrui un problème philosophique, et non un objet parmi d'autres.
1Le problème d'autrui
Définition
Solipsisme — Le solipsisme est la position selon laquelle je ne peux être assuré que de ma propre conscience : les autres ne me seraient donnés que comme des corps dont j'infère, sans jamais le vérifier, qu'une vie intérieure les habite. Presque personne ne soutient sérieusement cette thèse ; elle sert de difficulté à surmonter, car elle oblige à dire ce qui, dans notre rapport à autrui, ne relève pas d'une simple inférence.
Propriété
Sartre déplace la question : autrui ne m'est pas d'abord connu, il m'est éprouvé dans le regard. Surpris dans une attitude que je n'aurais pas voulu qu'on voie, je me découvre objet pour une conscience qui n'est pas la mienne : je ne déduis pas qu'il existe, je le subis. C'est ce qui fait qu'autrui est à la fois ce qui me révèle à moi-même et ce qui m'échappe.
« L'enfer, c'est les autres » est une réplique de personnage, dans Huis clos, et Sartre a dû l'expliquer tant elle a été mal lue. Elle ne dit pas que les rapports humains sont infernaux : elle dit que, si l'on se juge uniquement par le regard des autres, on se met dans un rapport de dépendance dont on ne sort plus. La citer sans ce commentaire, dans une copie, coûte plus qu'elle ne rapporte.
2Nature, culture et jugement
Définition
Ethnocentrisme et relativisme culturel — L'ethnocentrisme consiste à juger les autres cultures à partir des normes de la sienne, tenues implicitement pour naturelles. Le relativisme culturel est la règle inverse : comprendre une pratique dans le système où elle a un sens, avant tout jugement. C'est d'abord une exigence de méthode pour l'enquête, et non une thèse sur la valeur égale de toutes les pratiques.
Règle
Reconnaître qu'une pratique a un sens dans sa culture ne dit encore rien de sa valeur : comprendre et approuver sont deux opérations distinctes. Le relativisme culturel interdit de juger avant d'avoir compris ; il n'interdit pas de juger ensuite, à condition de dire au nom de quoi. Sans cette distinction, la description se transforme silencieusement en approbation.
comprendre=approuver
Piège
Conclure du relativisme culturel qu'aucun jugement sur une pratique étrangère n'est jamais possible.
Pourquoi — Poser que toutes les valeurs se valent est déjà un jugement de valeur, et cette position se contredit dès l'instant où elle condamne l'ethnocentrisme — car elle le condamne bien, et au nom de quelque chose. La leçon du relativisme est méthodologique : elle ordonne de comprendre d'abord, elle ne prononce pas l'interdiction de juger.
Le réflexe — Séparer deux moments dans la copie : décrire le sens de la pratique, puis demander ce qui autoriserait à la juger.
Ce qui est universel n'est pas pour autant naturel : on trouve un langage, des règles de parenté et des interdits dans tous les groupes humains connus, et ce sont là des faits de culture. Lévi-Strauss situe précisément à cet endroit la prohibition de l'inceste : universelle comme une loi de nature, variable dans son contenu comme une règle de culture. L'exemple montre que le partage entre les deux ordres ne se lit pas sur les faits eux-mêmes.
3Le langage
Propriété
Le langage ne se réduit pas à un instrument servant à transmettre des pensées déjà formées : il est aussi ce qui permet de les former, en fixant des distinctions qu'on n'aurait pas faites sans lui. Il rend possible la mise en commun de l'expérience — et c'est par lui, plus que par la perception, qu'autrui cesse d'être une société de corps pour devenir un monde partagé.
Wittgenstein conteste l'idée que le sens d'un mot serait une image mentale privée : le sens d'une expression, c'est son usage dans une pratique réglée, apprise avec les autres. D'où sa mise en cause d'un langage purement privé, dont personne ne pourrait vérifier l'emploi correct — pas même celui qui le parlerait. La conséquence importe pour notre chapitre : si le sens est public, la vie intérieure d'autrui n'est plus une région absolument close, mais elle ne devient pas non plus transparente.
Traiter un sujet sur autrui ou la culture
Repérer si le sujet porte sur la connaissance d'autrui ou sur le rapport moral à autrui.
Poser la difficulté propre à autrui : il est à la fois un objet perçu et un autre sujet.
Distinguer nature et culture avant d'employer l'un des deux termes.Ce qui est universel n'est pas pour autant naturel : le langage existe dans tous les groupes humains.
Examiner ce que le langage rend possible et ce qu'il laisse échapper de l'expérience d'autrui.
Conclure sans dissoudre le problème dans une formule de tolérance générale.
▢Ai-je posé le problème d'autrui au lieu de le supposer résolu ?
▢Ai-je présenté le solipsisme comme une difficulté, non comme une thèse à défendre ?
▢Ai-je expliqué la citation de Sartre au lieu de la lancer seule ?
▢Ai-je distingué comprendre et approuver ?
▢Ai-je évité de conclure du relativisme culturel à l'impossibilité de tout jugement ?
▢Ai-je dit ce que le langage rend possible et ce qu'il laisse échapper ?
L'essentiel en 11 points
·Autrui : à la fois objet perçu et autre sujet.
·Solipsisme : je ne serais assuré que de ma propre conscience.
·Sartre : autrui m'est éprouvé dans le regard, non déduit.
·« L'enfer, c'est les autres » : réplique de Huis clos, à expliquer.
·Ethnocentrisme : juger d'après ses propres normes tenues pour naturelles.
·Relativisme culturel : d'abord une règle de méthode.
·Comprendre ≠ approuver : le sens ne donne pas la valeur.
·« Toutes les valeurs se valent » se contredit en condamnant l'ethnocentrisme.
·L'universel n'est pas le naturel : le langage est culturel et partout présent.
·Wittgenstein : le sens d'un mot est son usage, public et réglé.
·Le langage met l'expérience en commun sans abolir la place de chacun.
2
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Fiche PDF — Autrui, société et culture
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d.Le relativisme culturel est-il une thèse sur la valeur des cultures ?
e.Que soutient Wittgenstein sur le sens des mots ?
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a. La position selon laquelle je ne suis assuré que de ma propre conscience, les autres ne m'étant donnés que comme des corps dont j'infère la vie intérieure.
b. Dans le regard : surpris par autrui, je me découvre objet pour une conscience qui n'est pas la mienne. Je ne le déduis pas, je l'éprouve.
c. Le fait de juger les autres cultures d'après les normes de la sienne, tenues implicitement pour naturelles et donc pour universelles.
d. Non, ou pas d'abord : c'est une règle de méthode — comprendre une pratique dans le système où elle a un sens avant de la juger.
e. Que le sens d'une expression est son usage dans une pratique réglée et apprise, non une image mentale privée que chacun consulterait en lui-même.
2
« L'enfer, c'est les autres. » Analyser cette formule.
Analyser
a.D'où vient-elle, et pourquoi ce statut compte-t-il ?
b.Quelle lecture Sartre a-t-il dû écarter ?
c.Que dit-elle du regard d'autrui ?
d.En quoi autrui me révèle-t-il à moi-même ?
e.Pourquoi la citer sans commentaire est-il risqué dans une copie ?
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. C'est une réplique de personnage, dans Huis clos. Le statut compte : une phrase de théâtre dit d'abord la situation d'un personnage, pas la thèse de l'auteur.
b. Celle qui en fait un verdict sur les rapports humains en général — comme si vivre avec les autres était par soi-même un supplice.
c. Qu'il me constitue en objet : sous le regard, je deviens quelque chose pour une conscience qui m'échappe, et que je ne contrôle pas.
d. Parce que certaines de mes déterminations ne m'apparaissent que par lui : la honte suppose un témoin, réel ou imaginé. Je me découvre tel qu'un autre me voit.
e. Parce qu'elle sera lue comme un lieu commun. Sans l'analyse de la dépendance au regard, elle n'apporte rien et donne l'impression d'une citation apprise.
3
Comprendre et approuver. Raisonner.
Raisonner
a.Pourquoi comprendre une pratique n'est-il pas l'approuver ?
b.Montrer que « toutes les valeurs se valent » est une position instable.
c.Que reste-t-il alors du relativisme culturel ?
d.Quelle condition un jugement doit-il remplir pour ne pas être ethnocentrique ?
e.Pourquoi le partage nature / culture est-il difficile à tracer ?
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. Parce que ce sont deux opérations différentes : l'une reconstitue le sens d'une pratique dans son système, l'autre se prononce sur sa valeur. La première ne contient pas la seconde.
b. Parce qu'elle est elle-même un jugement de valeur, et qu'elle se contredit dès qu'elle condamne l'ethnocentrisme : elle le condamne bien, donc au nom de quelque chose qu'elle tient pour supérieur.
c. Une exigence de méthode : ne pas juger avant d'avoir compris, et se défier de ce que nos propres normes ont d'apparemment naturel. C'est beaucoup, et ce n'est pas une interdiction de juger.
d. Avoir d'abord compris la pratique dans son contexte, et énoncer explicitement le principe au nom duquel on juge, au lieu de le supposer évident parce qu'il est le nôtre.
e. Parce que l'universel n'est pas le naturel : le langage et des règles de parenté existent dans tous les groupes humains connus, et sont des faits de culture. La prohibition de l'inceste, universelle mais variable, l'illustre.
4
Le langage et l'accès à autrui. Argumenter.
Argumenter
a.Le langage n'est-il qu'un instrument de transmission ? Justifier.
b.Que vise Wittgenstein en mettant en cause un langage privé ?
c.En quoi cela affaiblit-il le solipsisme ?
d.Qu'est-ce que le langage laisse échapper de l'expérience d'autrui ?
e.Quel plan proposeriez-vous sur « Puis-je connaître autrui ? »
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. Non. Il permet aussi de former les pensées, en fixant des distinctions qu'on n'aurait pas faites sans lui. Un instrument suppose son objet déjà là ; le langage contribue à le constituer.
b. L'idée que le sens serait une image mentale privée. Un langage que je serais seul à parler ne comporterait aucun critère d'emploi correct : rien n'y distinguerait se tromper de croire avoir raison.
c. Parce que si le sens est public et appris avec les autres, ma vie mentale n'est pas une région close dont j'inférerais seul l'existence chez autrui : je partage déjà avec lui les règles par lesquelles je m'exprime.
d. Le vécu en première personne : je peux comprendre ce qu'il dit de sa douleur sans éprouver sa douleur. Le partage du sens n'abolit pas la différence des places.
e. I. Autrui m'est donné comme un corps, et sa vie intérieure paraît inférée — d'où la menace du solipsisme. II. Mais il m'est éprouvé avant d'être connu, dans le regard, et le langage partagé rend cette expérience commune. III. Je peux donc le comprendre sans le connaître comme un objet : c'est la condition, non l'échec, du rapport à un autre sujet.
Ce qui rapporte des points, ce qui en coûte
Poser le problème d'autrui4 ptsPerdu si : Traiter autrui comme un objet parmi d'autres
Exposer le regard chez Sartre4 ptsPerdu si : Citer la formule sans l'analyser
Distinguer comprendre et approuver5 ptsPerdu si : Faire du relativisme une interdiction de juger
Distinguer universel et naturel4 ptsPerdu si : Confondre nature et culture
Dire ce que le langage rend possible et ce qu'il laisse échapper3 ptsPerdu si : N'en faire qu'un instrument de transmission
4
La méthode
Traiter un sujet sur autrui ou la culture
1
Repérer si le sujet porte sur la connaissance d'autrui ou sur le rapport moral à autrui.
2
Poser la difficulté propre à autrui : il est à la fois un objet perçu et un autre sujet.
3
Distinguer nature et culture avant d'employer l'un des deux termes.
Ce qui est universel n'est pas pour autant naturel : le langage l'est chez tous les groupes humains.
4
Examiner ce que le langage rend possible et ce qu'il laisse échapper de l'expérience d'autrui.
5
Conclure sans dissoudre le problème dans une formule de tolérance générale.
5
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Touches 1 à 4
PhilosophieTerminale
Question 1
Dans 'Le Capital', Karl Marx critique l'aliénation sous le capitalisme. Parmi les propositions suivantes, laquelle décrit le mieux cette aliénation selon Marx ?
Aucun compte requis — réponds, la correction s'affiche aussitôt.
Autrui, société et culture : c'est en quelle classe ?+
Ce chapitre est au programme de Philosophie au lycée, en classe de Terminale, année du Baccalauréat. Il est défini par le Bulletin Officiel de l'Éducation nationale, le texte de référence qui fixe ce qui doit être enseigné dans chaque matière.
Que faut-il savoir sur Autrui, société et culture ?+
Autrui : problème de la conscience d'autrui (solipsisme). Sartre (l'enfer c'est les autres). Société : nature vs culture. Ethnocentrisme et relativisme culturel. Langage : communication et pensée. Wittgenstein. Les notions à maîtriser sont : autrui, Sartre, relativisme culturel, ethnocentrisme, langage, Wittgenstein.
Où télécharger la fiche PDF de Autrui, société et culture ?+
Sur cette page, dans le bloc « Imprimer » : 3 documents à télécharger — le cours, les exercices et le corrigé — soit 6 pages au format A4, prêtes à imprimer. Le téléchargement est gratuit, immédiat, et ne demande ni compte ni adresse e-mail.
Le corrigé de Autrui, société et culture est-il fourni ?+
Oui, et c'est un document à part : chaque exercice y est repris étape par étape, avec le barème détaillé en fin de fiche — ce qui est attendu, combien de points, et ce qui fait perdre le point. Un parent qui ne se souvient plus du programme peut corriger une copie avec.
Autrui, société et culture peut-il tomber au Baccalauréat ?+
Ce chapitre fait partie du programme officiel de Terminale, il entre donc dans le périmètre du Baccalauréat. Le sujet exact varie chaque année et aucun chapitre n'est garanti, mais l'ensemble du programme de l'année est susceptible d'être évalué : mieux vaut ne pas parier sur des impasses.
Comment réviser Autrui, société et culture efficacement ?+
Commence par lire la fiche de révision pour remettre la règle en place, puis enchaîne immédiatement sur le quiz de cette page. Répondre juste après avoir lu ne suffit pas : reviens sur le chapitre deux ou trois jours plus tard. C'est l'espacement des révisions, plus que leur durée, qui fait tenir une notion en mémoire. Une session de quinze minutes répétée vaut mieux qu'une heure unique.
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Non. Les quiz, les corrections détaillées et les fiches de révision sont accessibles sans créer de compte et sans donner d'adresse e-mail. Le compte gratuit sert uniquement à conserver la progression d'un appareil à l'autre.