Beaucoup de mobilité ne prouve pas une société ouverte : une partie vient de la transformation des emplois, non de l'égalisation des chances.
L'erreur que tout le monde fait
Conclure d'un taux élevé de mobilité observée que l'origine sociale ne pèse plus sur la position atteinte.
Quand les emplois d'ouvriers agricoles reculent et que ceux de cadres progressent, des enfants changent nécessairement de catégorie par rapport à leurs parents, sans qu'aucune barrière ait cédé. Cette mobilité structurelle se distingue de la fluidité, qui mesure les chances relatives d'atteindre une position selon l'origine.
Se demander si la structure des emplois a changé sur la période avant d'interpréter un chiffre de mobilité.
Une société où beaucoup de fils d'ouvriers deviennent cadres peut n'avoir égalisé aucune chance : il suffit que les postes de cadres se soient multipliés. Tout le monde monte parce que l'escalier a changé de forme.
1Décrire la structure sociale
Définition
Classe sociale selon Marx et Weber — Pour Marx, une classe sociale se définit par la place dans les rapports de production : posséder ou non les moyens de production. Elle devient une classe « pour soi » lorsque ses membres prennent conscience d'intérêts communs et s'organisent. Pour Weber, la hiérarchie sociale est multidimensionnelle : elle combine la situation économique, le prestige attaché à un statut, et le pouvoir politique — trois ordres qui ne se recouvrent pas nécessairement.
Les deux approches ne se contredisent pas terme à terme : Marx cherche ce qui fonde les antagonismes, Weber ce qui différencie les positions. Un professeur et un commerçant peuvent avoir des revenus voisins et un prestige différent : c'est un fait que la grille de Weber saisit et que celle de Marx n'a pas vocation à décrire.
Définition
PCS — La nomenclature des PCS — professions et catégories socioprofessionnelles — classe la population selon la profession, le statut salarié ou indépendant, la qualification et la position hiérarchique. Elle n'est ni une échelle de revenus ni une mesure du prestige : c'est un outil statistique, construit pour rendre les données comparables. Les PCS rendent visibles des écarts que les moyennes nationales masquent, mais chaque catégorie reste hétérogène.
2Les inégalités
Propriété
Une inégalité est une différence d'accès à des ressources ou à des positions socialement valorisées. Elle est économique — revenus, patrimoine —, sociale — santé, logement, réussite scolaire — ou liée au genre. Ces dimensions se cumulent plutôt qu'elles ne s'additionnent : un même individu peut subir plusieurs désavantages qui se renforcent, et c'est ce cumul, davantage que chaque écart pris isolément, qui produit les situations les plus durables.
Les inégalités de genre se mesurent à plusieurs niveaux qu'il faut distinguer : écart de salaire à poste et temps de travail identiques, écart lié à la répartition des métiers et des temps partiels, et écart d'accès aux postes de direction. Ces trois mesures donnent des chiffres différents pour un même pays, et confondre celui qu'on cite avec ce qu'il mesure est l'erreur la plus fréquente sur ce point.
3La mobilité sociale
Définition
Mobilité sociale — La mobilité sociale est le changement de position sociale d'une génération à l'autre — mobilité intergénérationnelle — ou au cours d'une vie. Elle est ascendante, descendante ou horizontale. On la mesure par des tables de mobilité, qui croisent la position du père, et de plus en plus des deux parents, avec celle de la personne enquêtée.
Piège
Conclure d'un taux élevé de mobilité observée que l'origine sociale ne pèse plus sur la position atteinte.
Pourquoi — La mobilité observée mêle deux composantes. La mobilité structurelle résulte de la transformation des emplois : quand les postes de cadres se multiplient et ceux d'ouvriers se raréfient, des enfants d'ouvriers deviennent cadres sans qu'aucune chance n'ait été égalisée. La mobilité nette, ou fluidité, est ce qui reste une fois cet effet retiré : c'est elle, et elle seule, qui renseigne sur l'ouverture de la société.
Le réflexe — Devant un taux de mobilité, demander : quelle part est structurelle ?
Propriété
Une table de mobilité se lit en ligne ou en colonne, et les deux lectures ne répondent pas à la même question. En ligne — table de destinée —, on part de l'origine : que sont devenus les fils d'ouvriers ? En colonne — table de recrutement —, on part de la position atteinte : d'où viennent les cadres actuels ? Une même table donne donc deux séries de pourcentages, et confondre les deux lectures produit des affirmations fausses.
Repérer ce que porte chaque ligne et chaque colonne : origine sociale, position atteinte.
Identifier le sens de lecture des pourcentages : destinée ou recrutement ?
Formuler une phrase de lecture complète pour une case, avec l'effectif de référence.12÷40×100=30Sur 40 fils d'ouvriers, 12 sont devenus cadres, soit 30 %.
Comparer la diagonale — reproduction — aux autres cases : une diagonale forte signale une faible fluidité.
Avant de conclure, se demander quelle part de la mobilité observée est structurelle.
▢Ai-je attribué chaque définition de classe sociale à Marx ou à Weber ?
▢Ai-je rappelé que les PCS sont un outil statistique, non une échelle de prestige ?
▢Ai-je dit que les dimensions de l'inégalité se cumulent ?
▢Pour un écart de genre, ai-je précisé lequel des trois écarts je cite ?
▢Ai-je identifié le sens de lecture — destinée ou recrutement ?
▢Ai-je distingué mobilité structurelle et fluidité avant de conclure ?
L'essentiel en 11 points
·Marx : la classe sociale se définit par la place dans les rapports de production.
c.Que classent les PCS ? Sont-elles une échelle de revenus ?
d.Définir la mobilité sociale intergénérationnelle.
e.Qu'est-ce que la mobilité structurelle ?
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a. Par la place dans les rapports de production : posséder ou non les moyens de production.
b. La situation économique, le prestige attaché au statut, et le pouvoir politique.
c. La population selon la profession, le statut, la qualification et la position hiérarchique. Non : c'est un outil statistique, ni échelle de revenus ni mesure du prestige.
d. Le changement de position sociale entre la génération des parents et celle de la personne enquêtée.
e. La part de la mobilité qui résulte de la transformation des emplois, et non d'une égalisation des chances.
2
Une table de mobilité porte sur 100 hommes. Parmi les 40 fils d'ouvriers, 12 sont devenus cadres et 20 sont restés ouvriers. Par ailleurs, l'ensemble des cadres de l'échantillon est de 30 personnes.
Calculer
a.Quelle part des fils d'ouvriers est devenue cadre ? Quelle lecture est-ce ?
b.Quelle part des fils d'ouvriers est restée ouvrière ?
c.Quelle part des cadres actuels est issue d'un père ouvrier ? Quelle lecture est-ce ?
d.Pourquoi les réponses a et c diffèrent-elles alors qu'elles portent sur le même nombre de 12 ?
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. Part devenue cadre :12÷40×100=30
Soit 30 % — c'est une lecture en destinée : on part de l'origine.
b. Part restée ouvrière :20÷40×100=50
Soit 50 %, ce qui signale une reproduction importante.
c. Part des cadres issus d'un père ouvrier :12÷30×100=40
Soit 40 % — c'est une lecture en recrutement : on part de la position atteinte.
d. Parce que le dénominateur change : 40 fils d'ouvriers dans un cas, 30 cadres dans l'autre. Les deux pourcentages répondent à deux questions différentes — « que deviennent-ils ? » et « d'où viennent-ils ? » — et les confondre produit des affirmations fausses sur les mêmes données.
3
Sur une génération, la part des cadres dans les emplois passe de 10 % à 25 %, et celle des ouvriers de 40 % à 20 %. La mobilité ascendante observée est élevée.
Raisonner
a.Cette mobilité prouve-t-elle une égalisation des chances ? Justifier.
b.Quelle part de cette mobilité est nécessairement structurelle ?
c.Qu'appelle-t-on fluidité sociale ?
d.Comment mesure-t-on l'ouverture réelle d'une société ?
e.Une société peut-elle connaître une forte mobilité et une faible fluidité ? Expliquer.
›Voir le corrigéMasquer le corrigé
a. Non. Les postes de cadres ont plus que doublé et ceux d'ouvriers ont été divisés par deux : une partie des enfants d'ouvriers devait nécessairement occuper d'autres positions, sans qu'aucune chance n'ait été égalisée.
b. Celle qui découle de la transformation de la structure des emplois : les places disponibles ont changé de nature, et la mobilité correspondante était contrainte par l'arithmétique des postes.
c. La mobilité qui reste une fois l'effet structurel retiré — autrement dit l'égalité des chances d'accès aux positions, indépendamment du nombre de places de chaque type.
d. En comparant la mobilité observée à celle qu'on attendrait si l'origine ne pesait pas, c'est-à-dire en neutralisant l'effet de la structure des emplois. Seule cette comparaison renseigne sur l'ouverture.
e. Oui, et c'est précisément le cas décrit ici. Beaucoup de personnes changent de position — forte mobilité — alors que les chances relatives d'atteindre le sommet selon l'origine restent très inégales — faible fluidité. Les deux constats sont compatibles parce qu'ils ne mesurent pas la même chose.
4
Classes sociales et inégalités. Argumenter.
Argumenter
a.Les approches de Marx et de Weber se contredisent-elles ? Nuancer.
b.Donner un exemple où la grille de Weber saisit quelque chose que celle de Marx ne vise pas.
c.Pourquoi dit-on que les inégalités se cumulent plutôt qu'elles ne s'additionnent ?
d.Un article cite « l'écart de salaire entre femmes et hommes ». Quelle précision exiger ?
e.Pourquoi une catégorie PCS reste-t-elle hétérogène ?
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a. Pas terme à terme. Marx cherche ce qui fonde les antagonismes — la place dans les rapports de production. Weber cherche ce qui différencie les positions, selon trois ordres distincts. Les deux répondent à des questions différentes.
b. Un professeur et un commerçant peuvent avoir des revenus voisins et un prestige très différent. L'écart est réel et social ; la grille de Weber le saisit, celle de Marx n'a pas vocation à le décrire.
c. Parce qu'un même individu subit souvent plusieurs désavantages qui se renforcent : un moindre revenu pèse sur le logement, qui pèse sur la santé et la réussite scolaire. L'effet d'ensemble excède la somme des écarts pris isolément.
d. Lequel des trois écarts est cité : à poste et temps de travail identiques, tous postes confondus — donc incluant la répartition des métiers et les temps partiels —, ou l'accès aux postes de direction. Les trois donnent des chiffres différents pour un même pays.
e. Parce qu'elle regroupe des professions distinctes par leurs revenus, leurs conditions de travail et leurs trajectoires. La nomenclature est construite pour comparer des données, pas pour décrire des situations individuelles : elle sert d'outil, non de portrait.
Ce qui rapporte des points, ce qui en coûte
Attribuer chaque définition de classe à son auteur4 ptsPerdu si : Mélanger Marx et Weber
Présenter les PCS comme un outil statistique3 ptsPerdu si : En faire une échelle de prestige
Lire une table de mobilité dans le bon sens5 ptsPerdu si : Confondre destinée et recrutement
Distinguer mobilité structurelle et fluidité5 ptsPerdu si : Conclure d'une forte mobilité à une société ouverte
Préciser quel écart de genre est cité2 ptsPerdu si : Citer un chiffre sans dire ce qu'il mesure
Expliquer le cumul des inégalités2 ptsPerdu si : Traiter chaque inégalité isolément
4
La méthode
Lire une table de mobilité sociale
1
Identifier ce que la table croise : l'origine des personnes et leur position actuelle.
2
Repérer si les pourcentages sont calculés en ligne ou en colonne, car la phrase à écrire diffère.
Une table de destinée part de l'origine, une table de recrutement part de la position occupée.
3
Lire la diagonale pour mesurer la reproduction, et les cases éloignées pour la mobilité.
4
Comparer les chances d'accéder à une position selon l'origine.
5
Conclure en distinguant ce qui relève du changement de structure et ce qui relève de la fluidité.
5
Se tester
Touches 1 à 4
Sciences Économiques et SocialesPremière
Question 1
Une étude montre qu'en France, 60% des enfants de cadres deviennent cadres, tandis que seulement 20% des enfants d'ouvriers deviennent cadres. Que peut-on en déduire sur la fluidité sociale en France ?
Aucun compte requis — réponds, la correction s'affiche aussitôt.
4 contrôles sur ce chapitre, chacun avec sa durée, son barème sur vingt et un corrigé qui explique chaque réponse. Trois niveaux — Essentiel, Standard, Approfondi — se complètent sans reposer une question : on commence par celui qui correspond, et la note dit lequel faire ensuite.
Sociologie : Stratification et inégalités sociales : c'est en quelle classe ?+
Ce chapitre est au programme de Sciences Économiques et Sociales au lycée, en classe de Première, année du Bac de français. Il est défini par le Bulletin Officiel de l'Éducation nationale, le texte de référence qui fixe ce qui doit être enseigné dans chaque matière.
Que faut-il savoir sur Sociologie : Stratification et inégalités sociales ?+
Classes sociales (Marx, Weber). Hiérarchie PCS. Inégalités : économiques, sociales, de genre. Mobilité sociale : ascendante, descendante. Reproduction sociale vs fluidité. Les notions à maîtriser sont : classe sociale, PCS, Marx, Weber, mobilité sociale, inégalité.
Où télécharger la fiche PDF de Sociologie : Stratification et inégalités sociales ?+
Sur cette page, dans le bloc « Imprimer » : 3 documents à télécharger — le cours, les exercices et le corrigé — soit 6 pages au format A4, prêtes à imprimer. Le téléchargement est gratuit, immédiat, et ne demande ni compte ni adresse e-mail.
Le corrigé de Sociologie : Stratification et inégalités sociales est-il fourni ?+
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Ce chapitre fait partie du programme officiel de Première, il entre donc dans le périmètre du Bac de français. Le sujet exact varie chaque année et aucun chapitre n'est garanti, mais l'ensemble du programme de l'année est susceptible d'être évalué : mieux vaut ne pas parier sur des impasses.
Comment réviser Sociologie : Stratification et inégalités sociales efficacement ?+
Commence par lire la fiche de révision pour remettre la règle en place, puis enchaîne immédiatement sur le quiz de cette page. Répondre juste après avoir lu ne suffit pas : reviens sur le chapitre deux ou trois jours plus tard. C'est l'espacement des révisions, plus que leur durée, qui fait tenir une notion en mémoire. Une session de quinze minutes répétée vaut mieux qu'une heure unique.
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